Jour 46 : Vendredi 05/08/2016
Après avoir roulé un peu moins de 4h depuis le Relais Gabriel, nous voici
arrivés à Fermont, ville frontière avec le Labrador et notre étape pour deux
jours.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Cette petite ville de 2700 habitants, isolée du reste de la province
québécoise, tire son nom du vaste centre minier d’où l’on extrait des minerais
de fer.
En arrivant sur les lieux, nous faisons la connaissance d’Alex, un jeune de 20
ans, étudiant à Québec mais venu travailler chez lui à Fermont, au centre
d’informations touristiques durant les vacances.
Très attaché à ses racines, Alex nous raconte l’histoire de sa ville et de ses
origines.
Sa mère, originaire de Gagnon, une ville minière située à 200 km, est arrivée à
Fermont en 1972 à l’âge de 8 ans, alors que la ville n’était pas encore
construite.
À l’époque, il n’y avait rien d’autre que la mine. Ces deux industries minières
coûtant trop cher à la compagnie, il a fallu en fermer une des deux.
Il y a eu plusieurs jeux de mots avec ces deux villes durant cette période de
crise : “Gagnon-Fermont” et “Fermont-Gagnon” 🙂. La mine de Fermont étant plus
rentable à long terme, c’est Gagnon qui a fermé en 1972, et ses habitants ont
dû quitter cette ville, devenue fantôme aujourd’hui, pour se réfugier à Fermont
ou même vers Baie-Comeau et changer d’activité.
En 1972, il n’y avait donc rien à Fermont. C’est seulement quand la côte du fer
a commencé à grimper que la ville s’est formée en 1974, avec notamment la
construction du Mur, le principal bâtiment de la ville regroupant les commerces
et services de la municipalité ainsi que bon nombre de logements.
On y trouve absolument tout à l’intérieur du Mur. Épiceries, magasins divers,
bureau de poste, restaurant-bar, coiffeur, hôtel, salles de sport, piscine,
bibliothèque, ecole primaire et secondaire, etc… Bref, tout y est ! 🙂
Long de 1,3km et haut d’une cinquantaine de mètres, le Mur doit son nom à sa
principale fonction qui est de constituer un mur-écran servant à protéger le
reste de la ville des vents du nord parfois très forts et glaciaux en hiver.
Il a été conçu pour permettre aux résidents autres que les employés de la mine,
de vivre sans quitter le bâtiment durant l’hiver long de 7 mois et
particulièrement rude.
Alex nous dit que la température peut descendre jusqu’à -50°C ! 😯
Pour nous, il est impensable d’envisager ne pas sortir pendant 7 mois mais
n’ayant jamais vécu de telles conditions, il est difficile de se rendre compte
de ce que peut être la vie ici.
Derrière le Mur, des maisons se sont construites au fur et à mesure que la
ville s’est développée.
C’est fascinant de voir comme ils ont réussi à développer une ville isolée de
tout.
On y voit même des logements à louer et à vendre, ainsi que des offres d’emploi
pour le restaurant, le centre commercial et l’hôpital, en plus des offres pour
la mine.
Il y a aussi un commissariat de police, des fois qu’il y aurait du banditisme
🙂.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Après avoir discuté un long moment avec Alex, nous partons faire une petite
randonnée d’une heure tout au plus jusqu’au sommet du Mont Daviault, pour y
voir la ville dans son ensemble.
Paraît-il que c’est très beau.
Au stationnement de la balade, une jolie rivière avant d’emprunter le sentier
du ruisseau.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Un premier point de vue sur les lacs environnants, et nous nous inquiétons de
la suite en voyant un énorme nuage sombre se rapprocher de nous.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Notre inquiétude s’amplifie en entendant la pluie arriver de loin pour
finalement nous prendre un gros orage sur la gueule.
Nous faisons le trajet retour en quatrième vitesse, sans trop voir où nous
mettons les pieds, le tonnerre grondant de plus en plus fort.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Arrivés à la voiture, nous sommes trempés jusqu’aux os. Nous nous déshabillons
complètement à l’extérieur de la voiture et essorons puis étendons notre linge
comme nous pouvons à l’intérieur.
Guigui s’empresse également de faire sécher les billets enfouis dans sa poche
de pantalon avant qu’ils ne soient collés les uns aux autres et que notre
argent soit foutu 🙂.
Et puis nous attendons que le déluge passe…
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Vers 18h, bien que l’orage se soit eloigné, il continue de pleuvoir.
Guigui rêvant d’une bonne bière depuis deux jours, nous nous rendons au
bar-restaurant situé en entresol du Mur pour le souper.
A l’intérieur, aucune fenêtre et il fait super sombre.
C’est spécial mais il y a malgré tout une bonne ambiance.
Au menu, un burger servi avec des frites, salade de chou, 2 petites ailes de
poulet et deux bâtonnets de fromage pour pas très cher. Seulement 19,50$, soit
13,50€.
Et en plus, c’est bon 🙂.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Pendant le repas, nous avons droit à une panne de courant, nous plongeant
encore plus dans l’obscurité.
C’est la deuxième coupure de la journée liée à l’orage.
Seuls les cuisines du restaurant et le supermarché ont un générateur de
secours. Nous finissons donc notre repas éclairés à la bougie 🙂.
Malgré la panne, il règne toujours une ambiance conviviale.
C’est là que nous voyons la différence de mentalité entre les canadiens et les
français.
En France, des clients auraient très certainement râlé, exigeant une réduction
sur leur repas…ou pas, ça dépend où.
Après le resto, nous allons à notre emplacement pour la nuit, trouver un peu
plus tôt dans la journée. C’est avec vue sur le lac que nous nous réveillerons
demain matin.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Jour 47 : samedi 06/08/2016
Aujourd’hui, nous visitons la fameuse mine de Fermont.
Alex nous a proposé d’accompagner le groupe qu’il va balader dans l’industrie
minière.
Rendez-vous à 8h30 devant le centre d’informations touristiques, nous sommes
parés pour la visite : le poncho en cas de pluie, les boots (parce qu’il faut
porter des chaussures fermées et que les nôtres sont encore mouillées de
l’orage d’hier), le casque de chantier et les lunettes de protection pour les
mesures de sécurité.
Et c’est parti pour un trajet de 17km dans un bus scolaire nous rendant
jusqu’au Mont Wright, là où se passe l’extraction du minerai de fer.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Une fois sur place, Alex est un excellent guide. Il nous donne plein
d’informations concernant cette mine, principal employeur de la ville.
1500 personnes travaillent pour la compagnie franco-indienne Arcelor-Mittal,
dont près de 400 qui sont résidents non-permanent, c’est-à-dire qu’ils sont
logés par la compagnie dans la ville de Fermont, mais dans un bloc un peu à
l’écart du centre ville.
Avec un rythme de 14 jours de travail / 14 jours de congés dans leurs familles
ailleurs au Québec, ils ont accès à toutes les commodités dans leur propre bloc
(salle de sport, épicerie, resto-bar, etc…).
Certes, c’est bien aménagé mais nous pensons que ce n’est pas top pour leur
intégration à la ville car ils ne sortent pas tellement de leur secteur.
D’un autre côté, leurs journées journées de travail sont tellement denses
(8h-20h ou 20h-8h) que l’on peut facilement imaginer qu’ils n’aient ni l’envie
ni l’énergie de pratiquer quelque activité que ce soit après le boulot.
Durant ce trajet en bus, Alex nous apprend qu’il faut 2,5 tonnes de roches pour
obtenir 1 tonne de fer, la tonne et demie restante étant du quartz de trop
mauvaise qualité pour être exploitée, de la poudre à dynamite et de
l’amphibolite, un minerai inutilisable.
Puis, il nous raconte l’histoire de la mine.
C’est en 1952 qu’une compagnie américaine découvrit qu’il y avait une mine à
exploiter. Ah ces américains ! L’exploitation à plutôt bien tournée jusqu’au
début des années 70.
À l’époque, il y avait 2 industries : Gagnon et Fermont, cette dernière pas
encore développée. Quand la compagnie américaine a périclité, c’est
Arcelor-Mittal qui a repris l’exploitation en 1974 et qui, pour des raisons
économiques, s’est concentrée sur une seule mine, celle de Fermont.
La suite, nous la connaissons.
C’est vraiment chouette d’avoir Alex comme guide car il est un enfant du
village.
Il fait partie des trois premières familles arrivées à Fermont.
De ce fait, il connaît très bien l’histoire de la ville et de sa mine.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Nous faisons un premier arrêt pour observer le chantier du Mont Wright.
Et bien franchement, c’est assez impressionnant.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Au début, c’est bizarre de se dire qu’il y a des mecs qui cassent la montagne
pour exploiter du fer.
D’ailleurs, dans mon esprit ce n’est pas génial d’un point de vue écologique.
Et puis Guigui m’explique que si c’est fait sans polluer (ce qui n’est pas le
cas ici), ce n’est pas gênant.
Un peu comme les fourmis qui créent des galeries partout où elles peuvent, ou
les castors qui détruisent des arbres pour se nourrir et construire leur
habitat. Ça ne pollue pas.
Le problème, c’est que nous, les Hommes, utilisons de grosses machines
assoiffées de pétrole pour réussir à exploiter ces gisements.
Les camions font au minimum 200 à 250 tonnes, et les plus gros pèsent 400
tonnes.
Autant dire de vrais monstres. Il n’y a qu’à voir la taille des roues, elles
m’arrivent à l’épaule ! 😲
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Nous poursuivons la visite et nous arrêtons dans divers lieux de la mine.
Nous entrons dans le garage des 400 tonnes et jetons un œil à une ligne
d’exploitation, tout ça équipés bien sûr de bouchons d’oreilles et de masques,
toujours par mesure de sécurité.
La classe non ? 😎
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Nous terminons la visite avec un regard sur la maquette qui explique tout le
processus d’extraction du minerai de fer, ainsi que sur la photographie de
l’explosion du Mont Wright en 1974, annonçant le nouvel essor de l’industrie
minière.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
La visite dure environ 3h avec le trajet aller-retour en bus.
Et en cadeau souvenir, un stylo et un petit sachet contenant du minerai de fer
de Fermont 🙂.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Sincèrement, pour une visite gratuite, c’était vraiment intéressant et bien
expliqué.
Si nous n’avions pas pris le temps de discuter avec Alex, nous n’aurions
sûrement pas visité la mine, et cela aurait été bien dommage, non pas que
l’industrie minière nous passionne, mais cette visite nous a permis de mieux
comprendre la ville, son histoire et ses conditions de vie.
De retour au Mur, nous discutons un peu avec un roumain “mais pas gitan”
m’a-t-il précisé 🙂, arrivé au Québec en 2012 et nouveau résident à Fermont.
Il commence son job à la mine la semaine prochaine et vit dans un appartement
situé dans le Mur.
Il a tout de suite su que nous étions français en voyant nos après-ski Quechua.
Il nous informe qu’il a les mêmes que Guigui et qu’ils sont parfaits pour
passer l’hiver québécois.
Il n’a jamais eu froid aux pieds.
Ouf ! Nous vlà rassurés 🙂
Nous discutons à nouveau un long moment avec Alex et il nous fait rire quand il
nous dit que cette année, il a vu une personne “noire” pour la première fois de
sa vie.
Et pourtant, ce jeune homme de 20 ans sort de chez lui. Il étudie à Québec, et
a traversé le pays pour étudier à Vancouver.
Cette différence de culture nous fait toujours sourire, surtout ce genre de
détails car en France, il y a tellement de couleurs que nous ne nous rendons
plus compte que ce sont toutes ces saveurs qui font la richesse de notre pays.
À la suite de la visite, nous profitons d’une éclaircie pour refaire la balade
d’hier et tenter de voir la ville depuis le Mont Daviault.
Mais ce coup-ci, nous prenons les ponchos et empruntons le sentier de la
Famille, plus court et plus rapide.
Le temps change vite ici alors on ne prend pas le risque de se mouiller une
seconde fois.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
De là-haut, la vue sur la ville est effectivement très sympa.
Construite à l’intérieur d’une rivière en forme de J, cela lui permet d’éviter
les incendies.
D’ici nous distinguons parfaitement le Mur construit à l’entrée de la ville,
derrière les maisons, afin de protéger des vents du nord.
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
[Canada : Celui qui découvrait le Mur]
Quelques photos et nous redescendons jusqu’à la voiture, juste à temps car il
se remet à pleuvoir.
Nous passons une partie de la soirée au resto-bar à utiliser la connexion
internet et publier un article sur le blog, car les personnes qui ont pris de
nos nouvelles dernièrement nous ont fait savoir leur impatience de connaître
nos aventures 😋.
Demain, nous changeons de province 🙂