Canada – Celui qui effectuait le trek du glacier Donjek (étapes 1 à 4)

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Après y avoir effectué cinq belles randonnées à la journée, nous avons
désormais envie d’explorer plus en profondeur le parc Kluane qui regorge de
beauté.

Sur un coup de tête de dernière minute, nous décidons d’entreprendre le Donjek
Glacier Trail, un trek de 110 km, totalement hors sentiers, qui s’effectue
entre sept et 10 jours et mène au glacier Donjek.

Une aventure de dernière minute certes, mais qui demande toutefois un minimum
de préparation logistique.

En effet, allant vivre en parfaite autonomie dans la nature, sans point de
ravitaillement ni service quelconque ou réseau téléphonique, nous sommes
retournés à Whitehorse préparer rapidement notre aventure.

Nous y avons acheté des vivres, principalement des plats lyophilisés qui ont
l’avantage d’être très légers, mais aussi et surtout un outil de communication
par satellite, inReach, afin de tenir informées quelques amies de notre
situation sur le trek, et d’être capable d’envoyer un SOS en cas de problème.
Avec cet inReach, nos copines Stéphanie et Marie-Alexis pourront suivre notre
parcours en direct sur la carte grâce aux coordonnées GPS qui leur seront
envoyées.

Dit comme ça, le trek peut sembler flippant mais nous ne prenons là que des
mesures de sécurité indispensables lorsque l’on part en pleine montagne sur
terrain difficile et isolé.

Conscients d’être sur le territoire des ours, nous ne prenons pas notre
aventure à la légère. Aventuriers certes, mais pas complètement fous non plus
[wink].

C’est là qu’on aimerait dormir [smiley].

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Jour 753 : jeudi 23/08/2018

Étape 1 : de Burwash Landing à Burwash Uplands (amphitheatre mountain)

Distance : 22 km

Point de départ : 895 mètres d’altitude

Point d’arrivée : 1490 mètres d’altitude

Point le plus bas atteint : 895 mètres

Point le plus haut atteint : 1500 mètres

Durée : 9h35 (pauses incluses)

Animaux aperçus : 1 grizzli et 1 caribou

Levés à 7h45 ce matin, nous déjeunons et nous préparons à partir pour le trek.

Les sacs sont lourds, 19-20 kg le mien et peut-être 22-23 kg celui de Guigui,
mais la belle météo qui s’annonce nous motive à aller voir le glacier Donjek.

Départ à 9h15 du stationnement en forêt où nous avons passé la nuit, près de
Burwash Landing. Nous sommes en super forme pour cette première étape, longue
de 21 km mais pas très difficile.

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Durant les deux tiers de cette étape, nous marchons sur une ancienne route
minière, assez bien tracée et facile à suivre.

Beaucoup d’arbres au début de la piste qui s’ouvre petit à petit sur les
paysages qui nous entourent.

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Après deux heures de marche, nous apercevons de belles montagnes se dresser
devant nous, certaines habillées d’un beau nuage sur la tête, d’autres
recouvertes de neige.

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Le soleil est présent, la température pas trop chaude. Un temps parfait pour
randonner avec un gros sac sur le dos [smiley].

Pour le moment, nous marchons à un bon rythme avec une moyenne de 3,5 km/h.

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Sur le onzième kilomètre, après 3h30 de marche sans pause, nous ressentons le
besoin de nous arrêter et de déposer nos sacs à terre. Une pause casse-croûte
s’impose également, afin de reprendre des forces pour porter de nouveau notre
sac sur le dos. En plein soleil, on se sent bien.

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Une heure plus tard, il est temps pour nous de reprendre le trek. Guigui se
redresse le premier quand il me dit soudain :

Guigui : “oh putain ! Y’a un ours, juste là !”

Moi : “merde, est-ce qu’il est près ? Qu’est ce qu’on fait ?”

Le gros grizzli se trouvant à une cinquantaine de mètres devant nous dans la
plaine, nous sommes pris d’une piqûre d’adrénaline.

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Les ours, c’est cool à voir depuis la voiture. Mais nous retrouver nez à nez
avec un grizzli, merci mais non merci [smiley].

Guigui pousse quelques petits cris pour faire comprendre à Monsieur le Grizzli
que nous sommes là et ainsi ne pas le surprendre et provoquer une potentielle
attaque si ce dernier se sent menacé.

En général, en entendant nos voix et cris, les ours s’éloignent d’eux-mêmes, ne
cherchant pas spécialement à rencontrer les êtres humains.

Mais étrangement, dans notre présente situation, le grizzli, en entendant les
cris de Guigui, redresse la tête, nous observe et poursuit sa marche dans notre
direction.

Heeuuu, là, ça devient vraiment flippant.

Alors que Guigui l’observe et continue de se faire entendre, je me dépêche de
ranger toutes nos affaires. Nous mettons nos sacs sur le dos et nous munissons
de nos bombes anti-ours.

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? On avance où on attend ?

Le problème c’est que plus loin, la piste n’a plus vraiment de visibilité sur
les plaines, ce qui veut dire que si le grizzli décide de traverser la piste,
nous avons des chances de nous retrouver nez à nez avec lui par surprise.
Disons qu’une bagarre avec un ours ne fait pas vraiment partie de nos plans…

“Merde ! On l’voit plus ! Par où est-il allé ? Est-ce qu’on va le voir
débarquer tout près ?”

Notre rythme cardiaque s’accélère. Là, on est vraiment flippé.

Il y a quand même un grizzli plutôt balaise dans son milieu naturel à moins de
100 mètres de nous.

“Allez l’ours, c’est pas le moment de jouer à cache-cache ! T’es où bordel ?!!!”

Afin de voir un peu mieux sur la plaine, nous montons sur une petite butte
juste derrière nous. Nous regardons partout autour de nous.

“Oh il est là ! Juste à gauche ! “

Il vient justement de traverser la piste. Heureusement que nous n’étions pas
déjà repartis…

Nous nous faisons une dernière fois entendre au travers de petits cris aigus et
par chance, ce grizzli ne semble pas curieux. Il poursuit son chemin de l’autre
côté du sentier.

Nous descendons de notre butte, patientons encore quelques minutes, espérant
qu’il ait poursuivi plus loin, et nous reprenons notre parcours, en poussant
des cris, en claquant des mains régulièrement, en chantant très fort et en nous
retournant toutes les dix secondes pour nous assurer qu’il n’est pas juste
derrière nous.

Notre rythme cardiaque s’accélère de plus en plus. C’est sûr que marcher un bon
kilomètre à 4 km/h avec un sac lourd sur le dos et du stress plein la tête, ça
essouffle un peu [smiley].

Lorsque nous atteignons un espace plus ouvert, nous commençons à nous détendre,
convaincus que le grizzli est désormais loin derrière nous.

Mais la détente ne sera que de courte durée quand Guigui, qui ouvre la marche,
s’exclame :

Guigui : “oh putain ! Y’en à un autre là !”

Moi : “nan !!! T’es sérieux ? Il est loin ?”

La frayeur sera également de courte durée lorsque nous nous rendons compte que
la masse sombre que nous apercevons en train de marcher dans la plaine a des
bois et n’est autre qu’un caribou.

Ouf ! Quel soulagement ! D’autant que si l’on peut voir un caribou proche de
nous, cela signifie que le grizzli n’est pas dans les parages.

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Nous reprenons notre marche à un bon rythme mais plus sereinement malgré les
nombreux cacas d’ours qui nous maintiennent en veille.

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Nous traversons une rivière et en profitons pour faire le plein de nos gourdes
et soulager nos épaules ainsi que nos hanches du poids du nos sacs.

Cette rivière qui étanche notre soif indique également la fin de la piste
minière que nous venons de parcourir sur quinze kilomètres. Désormais, le trek
se poursuit sur du “hors sentiers” (ou backcountry comme ils disent ici).

Plus de sentier, plus de piste. C’est à nous seuls de trouver notre chemin.

Fort heureusement, nous avons en notre possession un tracé trouvé sur internet
et le topo de Parcs Canada, pas fantastique mais qui apporte quand même
quelques informations utiles.

Et bien sûr, mon amoureux, champion de l’orientation, est incroyablement bon
pour nous guider [smiley].

Nous poursuivons donc notre rando dans la toundra bosselée, très fatigante pour
nos chevilles et qui sollicite beaucoup nos fessiers, surtout avec des sacs
chargés sur le dos.

Nous randonnons ainsi dans cette toundra durant 4 km. Deux heures interminables
à marcher sur un terrain qui nous épuise.

Tantôt, nous devons monter jusqu’à un col, tantôt nous devons redescendre
jusqu’à un ruisseau qui transforme la toundra en véritable zone marécageuse.

Et nous, on n’aime pas les marécages ! Ils nous trempent les pieds et c’est une
vraie galère au Yukon de faire sécher rapidement les chaussures.

Malgré tous nos efforts pour éviter ces marécages, nous finissons quand même
par nous mouiller les pieds, à une heure et demie du campement.

Mais voyons le côté positif. La toundra a l’avantage de nous offrir des zones
ouvertes à la visibilité bien dégagée sur les potentiels animaux sauvages qui
traînent dans le coin, ainsi que sur les beaux paysages tels que ce plateau
nommé ”amphithéâtre” de part la forme que prend la montagne située juste en
face de nous.

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Les quatre derniers kilomètres effectués, nous sommes épuisés et en avons plein
les jambes. Nous sommes heureux de poser enfin le campement après avoir marché
près de 22 kilomètres.

C’est une grosse journée qui s’achève. 9h30 de balade, pauses comprises. Nous
sommes rincés !

Autant nous marchions à vive allure sur la piste minière, autant la section
dans la toundra a baissé notre moyenne.

18h30, nous posons le camp. Pas évident de trouver un bout de terrain plat
parmi toutes ces bosses.

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Le temps de monter la tente et la bâche pour cuisiner, quarante mètres plus bas
(le fameux triangle de sécurité lorsque l’on campe au Yukon :
tente→bâche→stockage des vivres, chaque emplacement situé à environ cinquante
mètres des autres), nous mangeons à 20h30.

21h15, couchés et 23h15 dodo.

Pour ce trek qui demande quand même beaucoup d’énergie, et donc de bonnes nuits
de sommeil réparatrices, nous nous sommes fixés comme objectif de poser le camp
au plus tard à 18h pour chacune de nos étapes, ainsi nous pourrons profiter un
peu de nos soirées et nous coucher de bonne heure.

Objectif non atteint aujourd’hui. Espérons nous y tenir pour les prochains
jours…

Jour 754 : vendredi 24/08/2018

Étape 2 : de Burwash Uplands à Ruisseau Hoge

Distance : 11 km

Point de départ : 1490 mètres d’altitude

Point d’arrivée : 1480 mètres d’altitude

Point le plus bas atteint : 1465 mètres

Point le plus haut atteint : 1935 mètres

Durée : 9h (pauses incluses)

Animaux aperçus : 1 grizzli

Premier réveil à 7h, deuxième réveil à 7h15. Nous émergeons tranquillement mais
le silence qui règne alentours nous replonge dans un petit dodo supplémentaire
d’une demie-heure. Finalement, on se lève à 8h. Mince, notre objectif de
commencer la rando à 9h est loupé. Le temps de déjeuner et de tout remballer,
nous quittons le camp à 10h20. Les sacs sont toujours aussi lourds…

Cinquante mètres plus bas, nous remplissons nos gourdes au ruisseau et
poursuivons avec une belle montée dans la toundra, histoire de nous mettre en
jambes. Ça chauffe dans les fessiers ! [🙂]

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Le but de ce début de journée est de rejoindre le ruisseau Burwash mais de
là-haut, le bord du ruisseau semble pas mal marécageux alors nous préférons
rester en hauteur et longer le ruisseau en suivant la courbe de niveau. Cela
sollicite les chevilles certes, mais le chemin est relativement plat.

Lorsque nous apercevons les pierres qui bordent le ruisseau, nous redescendons
aussitôt jusqu’à lui afin de le longer plus facilement, les pieds au sec.

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Nous marchons ainsi le long du ruisseau Burwash sur environ 2-3 km et 1h30 de
marche.

Marcher dans les cailloux, c’est moins fatigant pour les chevilles mais ça fait
mal aux pieds au bout d’un moment…

De plus, les nombreuses traversées du ruisseau qui appellent à nous déchausser
et chausser maintes et maintes fois allongent le temps de la balade.

Nous poursuivons ensuite dans la vallée, toujours le long du ruisseau.

Alors que Guigui vérifie sur sa carte si nous devons rejoindre cette zone
d’arbustes que nous voyons au loin, je scrute les environs et aperçois un ours
pile dans ladite zone.

Je propose que l’on évite de se mettre sur son chemin [wink].

L’ours s’étant réfugié dans les arbustes, nous préférons contourner cette zone
et rester proche du ruisseau, tout en gardant un œil sur les arbustes.

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Moins de cinq minutes passent lorsque nous voyons cet énorme grizzli sortir de
cette masse feuillue pour se diriger dans la vallée, dans la direction opposée
à la nôtre.

Nous restons là à l’observer, beaucoup moins apeurés qu’hier, l’ours se
trouvant aujourd’hui à environ 400 mètres de nous à vol d’oiseau.

Pendant un instant, l’animal s’arrête, nous observe à son tour, nous renifle au
loin et poursuit son chemin dans la vallée, toujours dans la direction opposée
à la nôtre. Ouf ! Nous préférons les voir de loin ces bébêtes…

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Nous poursuivons notre rando sur un sentier assez marqué (probablement par les
nombreux passages de randonneurs ou d’animaux) et surprenons une dizaine de
lagopèdes sur le chemin, ces derniers prenant leur envol à notre arrivée. Un
moment vraiment beau.

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Nous arrivons à une cabane de patrouilleurs du parc Kluane. L’endroit est
parfait pour une pause déjeuner.

La cabane est fermée à clé et pour cause, nous voyons des traces de griffes
d’ours sur la porte d’entrée. Flippant !!!

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La cabane est simple et rustique mais semble pour autant bien aménagée pour ces
hommes et femmes qui y logent plusieurs semaines par année.

Cela doit être une expérience incroyable que de vivre plusieurs jours d’affilée
dans cette cabane, au milieu de nulle part, en pleine nature, avec le téléphone
satellite pour seule connexion avec le monde.

Cela doit faire un drôle d’effet de voir un ou plusieurs grizzlis roder autour
son logis, ou pire à en croire cette trace sur la porte, tenter de rentrer dans
la cabane.

La pause nous fait de bien mais nous avons encore beaucoup de chemin à
parcourir pour terminer l’étape de la journée alors il ne faut pas traîner trop
longtemps.

Nous quittons la cabane sous quelques gouttes de pluie et attaquons aussitôt la
montée jusqu’au col Hoge en suivant plus ou moins un sentier minier avant de
retourner dans la toundra.

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Le poids du sac se faisant sentir sur les hanches et les trapèzes, nous faisons
régulièrement des mini-pauses, même sous la pluie, question de nous soulager un
peu.

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La pause au col Hoge se veut plus ensoleillée alors nous profitons de la belle
vue que nous offre ces 1950 mètres d’altitude.

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Après avoir monté près de 500 mètres de dénivelé depuis le ruisseau Burwash, il
nous faut désormais redescendre environ 1000 mètres pour atteindre le campement
à la rivière Donjek et nous rapprocher de l’objectif de ce trek, le fameux
glacier Donjek.

La descente très raide dans la ravine s’avère assez difficile, le terrain étant
plutôt casse-gueule.

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Les pierres de ce ravin sont très instables, si bien qu’à deux reprises, je me
casse la binette.

Cette descente nous épuise pas mal tous les deux et nous sommes bien contents,
à 19h10, d’arriver au ruisseau Hoge où nous décidons de poser le camp.

Nous avions initialement prévu de camper à la rivière Donjek cinq kilomètres
plus bas mais nous sommes à bout de force. Nous avons assez marché pour
aujourd’hui. De plus, nous trouvons un bel emplacement plat en bord de
ruisseau, parfait pour passer la nuit.

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Le temps d’installer le campement, de cuisiner, manger et tout remballer
quarante mètres plus loin, nous sommes dans nos sacs de couchage un peu avant
22h.

Pour le moment, après ces deux premiers jours de marche, nous trouvons le trek
plutôt beau mais quand même difficile, la difficulté majeure étant le poids du
sac à supporter sur des longues distances.

Jour 755 : samedi 25/08/2018

Étape 3 : de Ruisseau Hoge au glacier Donjek

Distance : 19 km

Point de départ : 1480 mètres d’altitude

Point d’arrivée : 1150 mètres d’altitude

Point le plus bas atteint : 950 mètres

Point le plus haut atteint : 1480 mètres

Durée : 12h30 (pauses incluses)

Animaux aperçus : des mouflons de Dall et 4 grizzlis (une mère et ses petits)

Réveillés à 7h15 ce matin, nous nous levons rapidement malgré une nuit moins
bonne que la précédente.

En effet, il a plu toute la nuit, et la tente est trempée comme elle ne l’a
jamais été jusqu’à présent.

Nos sacs de bouffe et la bâche sont également trempés et mouillent l’intérieur
de nos sacs à dos une fois rangés.

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Par chance, nous connaissons une accalmie le temps du petit déjeuner et de tout
remballer. La pluie retombe aussitôt après, annonçant une journée bien pourrie.
Mais nous n’avons pas d’autre choix que de randonner malgré le mauvais temps
car il nous faut avancer sur le trek. Départ à 9h15.

Équipés de nos ponchos, nous descendons le ruisseau Hoge sur cinq kilomètres
qui, fort heureusement, s’avère moins compliqué à suivre que nous le pensions.

Nous réussissons même à le traverser sans jamais avoir à nous déchausser, nous
faisant gagner un temps précieux, d’autant que la descente du ruisseau est
particulièrement longue. Nous marchons en moyenne à 1,1 km/h sur cette portion
tant il y a de passages à traverser. Le poids du sac et la pluie n’aidant pas à
accélérer le rythme.

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Nous profitons des quelques rayons de soleil qui tentent difficilement de
percer le ciel pour nous accorder une pause requinquante. Le ciel semble
s’éclaircir au-dessus de la rivière Donjek que nous apercevons.

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Malheureusement, ces quelques rayons de soleil ne sont que faux espoirs puisque
aussitôt repartis de notre pause, il se met à pleuvoir de nouveau, et pas qu’un
peu.

Nous sommes trempés jusqu’à l’os, des mains jusqu’aux gambettes.

Cela nous prend trois heures pour descendre tout le ruisseau Hoge et rejoindre
enfin la rivière Donjek, qui se divise elle-même en plusieurs bras de rivière.

Nous préférons éviter de la longer dans son lit car la rivière coulant à fort
débit, nous craignons d’y rester coincés.

Nous choisissons donc de longer l’un de ses bras le plus à gauche pour ensuite
récupérer un sentier forestier plus loin.

Mais longer la rivière n’est pas si simple. Très vite, nous nous retrouvons
dans une forêt au sol sablonneux très humide et boueux. Nous avons l’impression
de marcher dans des sables mouvants tant ça colle sous nos pieds.

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Guigui a beau analyser sa carte, il ne sait plus par quel chemin nous faire
passer. C’est bien là toute la difficulté de randonner hors sentiers…

Comme il semble agacé de ne plus trouver le bon chemin, je lui viens en aide
comme je peux (n’oublions pas que je suis une bille en orientation) en lui
suggérant de ne plus s’entêter sur la carte et le tracé que nous avons trouvés
sur internet, mais de plutôt relire le topo de Parcs Canada. Le descriptif
n’est pas fantastique mais il peut peut-être nous apporter quelques
informations…

Par exemple, si nous l’avions lu hier, nous aurions su que rejoindre le
ruisseau Hoge en descendant par la ravine n’était pas du tout recommandé et
nous aurions pu l’éviter [wink].

Mon p’tit cœur suit donc mon conseil et jette un œil sur le topo qui explique
que si la rivière Donjek est difficile à suivre (ce qui est le cas
présentement), il nous faut remonter sur la gauche pour atteindre un bois.

A nous deux, nous formons une belle équipe. Il est mon GPS et je suis celle qui
l’aide à ouvrir le champ des possibilités lorsqu’il n’est plus capable d’y voir
clair [smiley].

En suivant le topo de Parcs Canada, nous rejoignons effectivement un bois et
Guigui retrouve plus ou moins le sentier des animaux qu’il recherchait depuis
tout à l’heure. Et notre position GPS nous indique que nous sommes à nouveau
sur le tracé trouvé sur internet. N’est-ce pas merveilleux ? [smiley]

Le sentier des animaux qui traverse une clairière se devine assez bien et les
différents cacas d’ours que nous apercevons nous laissent penser que nous
sommes sur le bon chemin.

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Le sentier rejoint ensuite un sentier d’équitation selon le topo de Parcs
Canada, mais à en croire la taille des nombreux arbustes que nous traversons
avec difficulté, les chevaux ne doivent plus trop passer par là…

Malgré tout, après avoir marché longtemps sur les cailloux du ruisseau Hoge, ce
sentier forestier nous repose les pieds et bien que passer au travers des
arbres nous paraisse interminable, il nous permet au moins d’avancer à un bon
rythme.

Dans l’ensemble, le pseudo chemin d’équitation est plutôt bien marqué mais il
se perd parfois dans la forêt.

Clairement, si nous n’avions pas de carte avec le tracé GPS du trek, il nous
serait difficile par moment de le retrouver.

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A mesure que nous avançons, la pluie cesse et fait enfin place à de belles
éclaircies.

Le sentier s’ouvre également à quelques jolis points de vue sur le glacier
Donjek. On s’en rapproche !!! [smiley]

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Le glacier semble incroyablement grand. Et il l’est ! Long de 56 km et avec une
épaisseur de glace de 1km, il représente la plus grosse calotte glaciaire non
polaire. Et on va dormir juste en face !!! [smiley]

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Pour nous rendre jusqu’à ce monstre de glace, nous devons traverser plusieurs
ruisseaux, certains à sec, d’autres non.

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A 18h45, nos nous arrêtons à l’un de ces ruisseaux pour remplir nos estomacs.
Depuis le petit déjeuner de ce matin, nous n’avons rien avalé d’autre qu’une
barre de céréales en guise de collation.

Alors nous profitons du beau soleil pour avaler un casse-croûte et sécher nos
affaires.

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Cette pause nous fait du bien et nous apercevons même quelques mouflons de Dall
dans la montagne qui fait face au glacier.

Quand je pense qu’à une époque, Guigui et moi prenions nos repas devant des
reportages télé des chaînes Voyages, Ushuaia ou encore France 5 en nous disant
: “un jour ce serait cool d’aller là-bas, un jour ce serait chouette de voir un
glacier”. Et aujourd’hui, nous sommes DANS le reportage même. C’est vraiment
merveilleux de pouvoir vivre ça [smiley].

Ce glacier est si impressionnant ! Et la couleur bleutée de ses cavités nous
fascine.

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Après avoir traversé trois ruisseaux dont deux qui nous ont fait perdre
beaucoup de temps parce que difficiles à passer, le sentier forestier prend fin
et laisse place à une prairie vraiment sympa, parfaite pour rencontrer un
original par exemple [smiley]. Malheureusement, nous n’en voyons aucun.

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Guigui relit le topo qui indique que depuis la prairie dans laquelle nous
marchons présentement, il est possible de rejoindre des collines et continuer
la marche en ayant des points de vue sur le glacier tout du long. Il serait
également plus facile de trouver un emplacement de camping depuis les hauteurs.

Nous commençons donc notre petite ascension vers les collines.

Guigui vérifie notre position GPS sur notre carte pour s’assurer que nous
sommes sur le bon chemin, et émet un bruit aigu pour se faire entendre car nous
traversons une zone avec peu de visibilité.

Comme à chaque fois que Guigui consulte la carte, moi, je me charge de jeter un
œil dans les environs pour détecter un quelconque animal sauvage.

C’est à ce moment précis que nous vivons la plus grosse frayeur de notre vie.

Guigui : “ok alors nous devons aller par là, sur la droite.”

Moi : “heeuuu, non j’pense pas mon cœur parce que j’viens d’voir un ours, genre
juste là où tu veux qu’on aille”.

En effet, au moment même où Guigui m’indique la direction à prendre, j’aperçois
un ours que je pense être un grizzli, marcher à quatre pattes dans le feuillu.

Du coup, nous émettons de nouveau des petits cris aigus pour nous faire
entendre et tenter de les repérer quand soudain, à seulement vingt mètres de
nous, un jeune grizzli se dresse face à nous sur ces pattes arrière et nous
regarde pour évaluer le danger de la situation.

Moi : “Oh putain ! Il est debout le con !”

Aussitôt, nous attrapons respectivement nos bombes anti-ours.

Guigui : “ok, pas de panique, on va reculer tranquillou en restant face à lui”.

Mais nous en voyons un deuxième, puis un troisième se mettre debout à côté du
premier en mode : “qui c’est qu’est là ?”

Juste derrière eux, un autre grizzli, plus gros, que nous supposons être la
mère, à quatre pattes derrière les trois jeunes.

Aussitôt, nous arrêtons de reculer et restons figés quelques secondes.

Les grizzlis nous observent…

Moi : “oh putain ! Ils sont quatre ! Mon cœur, y’a quatre grizzlis à vingt
mètres qui nous observent ! Qu’est-ce qu’on fait ???”

Guigui : “on se casse et fissa !!!”

C’est ainsi que nous prenons nos jambes à nos cous en jetant toujours un œil
derrière nous, des fois que les ours seraient en train de nous courser.

Heureusement, il n’en est rien, mais une fois encore, nous avons grave flippé !

Une photo de ces quatre monstres se tenant debout devant nous aurait été
superbe mais étrangement, nous n’avons pas souhaité prendre de selfie…[frown]

De retour dans la prairie, le terrain est un peu marécageux mais au moins, nous
avons de la visibilité.

Nous nous dirigeons, un peu stressés, vers une autre colline, toujours un œil
par-dessus l’épaule et moi qui ne cesse de parler aux ours :

“ok les ours, on vous a vu, vous nous avez vu. C’est bon, on est des gentils,
on ne vous veut pas de mal alors laissez-nous tranquilles. On se respecte
mutuellement et tout va bien aller”.

Après quoi, je me répète à moi-même et à haute voix : “non, il ne va rien nous
arriver de grave parce que ces choses-là, ça ne nous arrive pas, pas à nous.
Nous deux, on est super chanceux. La vie nous aime, elle ne nous fera pas un
coup pareil”.

Guigui sourit à l’écoute de mes paroles. C’est sûr que ça paraît ridicule mais
ça a le mérite de me rassurer, et puisque je n’ai aucun dieu à prier, je m’en
remets à la vie [wink].

Le cœur qui bat toujours la chamade, nous atteignons une colline bien dégagée.
Il y aurait bien là un bel emplacement où camper mais nous estimons être encore
trop proche de l’endroit où nous avons croisé les ours.

Probablement qu’ils sont partis dans la direction opposée mais ne les ayant pas
revus, je reconnais que je psychote un peu… Se sont-ils déplacés ? Sont-ils
toujours là ?

Nous continuons notre marche et trouvons un peu plus loin une place où
installer notre camp. Le terrain penché et bosselé n’est pas parfait mais vu
l’heure tardive, il fera l’affaire pour cette nuit. Il est 21h30 ! Le soleil
est en train de se coucher.

Nous devons être à un kilomètre de l’endroit où nous avons rencontré les quatre
grizzlys, ce qui fait que nous ne traînons pas et nous contentons d’un peu de
pain et de fromage pour le souper avant d’aller aussitôt nous coucher.

Notre tente, bien que mouillée de ce matin et pas installée sur le plus
confortable des terrains, nous offre malgré tout un logis dans le plus bel
endroit où nous ayons campé jusqu’à présent. Nous sommes juste en face du
glacier Donjek [smiley].

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Jour 756 : dimanche 26/08/2018

Étape 4 : journée de repos au glacier Donjek

Animaux aperçus : aucun

Comme nous nous en doutions, la nuit n’a pas été super bonne. Nous avons eu un
peu froid à cause de toute l’humidité de la tente.

Évidemment, après les émotions fortes vécues peu de temps avant notre coucher,
j’ai rêvé d’ours, sauf que dans mon rêve, je tenais dans mes bras un ourson qui
ressemblait davantage à celui de la pub Cajoline qu’à ceux que nous avons
rencontrés hier soir…

Aujourd’hui, nous décidons donc de prendre la journée cool, un peu de repos ne
pourra qu’être bénéfique pour nos muscles endoloris.

Un premier réveil à 7h00 mais nous nous rendormons aussitôt jusqu’à 10h.

Et puis, pas grand chose du reste de la journée si ce n’est profiter des rayons
du soleil pour sécher toutes nos affaires et observer ce splendide glacier à
quelques centaines de mètres devant nous.

D’être ici, au Yukon, au pied d’un glacier, nous rappelle que nous avons quand
même une belle vie.

C’est chouette d’être là, formidable de vivre une telle expérience.

[] [] []

Nous passons une bonne partie de l’après-midi dehors à vaquer à nos occupations
de lecture, écriture et couture (le pantalon troué à l’entrejambe, ça n’est pas
hyper pratique en randonnée).

Ce glacier est extraordinaire ! Si grand, si beau, si majestueux et toujours en
mouvement !

Régulièrement, nous entendons de la glace craquer et s’effondrer quelques
mètres plus bas.

A chaque craquement que nous entendons, nous essayons de repérer la glace qui
se détache du glacier, mais la lumière étant plus rapide que le son, nous ne
distinguons que la cavité formée par la cassure, un creux d’une couleur
intensément bleutée et qui n’existait pas plus tôt dans la journée.

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Le bruit de la glace qui pète reste quand même très impressionnant et c’est fou
de constater que chaque jour qui passe, le glacier peut changer d’allure.

Sous le soleil, le thermomètre monte facilement jusqu’à 18°C, ce qui est
beaucoup moins froid que ce que nous imaginions,.proche d’un glacier.

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Une belle journée de repos qui s’achève. Nous nous endormons assez tôt (pour
être en pleine forme demain matin), avec la musique du glacier qui craque
[smiley].

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