Jour 757 : lundi 27/08/2018
Étape 5 : du glacier Donjek au col Expectation
Distance : 15 km
Point de départ : 1150 mètres d’altitude
Point d’arrivée : 1760 mètres d’altitude
Point le plus bas atteint : 1090 mètres
Point le plus haut atteint : 1885 mètres
Durée : 9h40 (pauses incluses)
Animaux aperçus : 3 grizzlis (une mère et ses petits) et des mouflons
La nuit n’a pas été si bonne que ça. Il faut dire qu’il a beaucoup plu et que
notre emplacement n’est pas des plus confortables…
Malgré tout, nous n’avons aucun mal à nous lever et à 9h45, nous attaquons la
cinquième étape de ce trek.
[]
Nous souhaitons longer les collines et garder la belle vue sur le glacier le
plus longtemps possible pendant notre marche, mais à peine cinq minutes après
notre départ, nous apercevons, cent mètres devant nous, trois grizzlis, une
mère et ses deux petits (plus petits que ceux que nous avons vus il y a deux
jours) se diriger pile dans notre direction.
Depuis le début de ce trek, il ne se passe pas un jour de marche sans voir un
grizzli relativement proche de nous.
Du coup, mon cœur bat une nouvelle fois la chamade. Nous restons sur nos gardes
et les observons tout en faisant du bruit pour que maman ours nous repère. Elle
lève la tête, nous regarde, nous renifle. C’est bon, elle nous a repéré et
semble ne pas s’inquiéter de notre présence.
Comme à mon habitude, je lui parle à cette maman ours : “c’est bon maman ours,
t’inquiète pas, on t’a vu, tu nous as vus, alors on va contourner le chemin
pour ne pas vous déranger toi et tes petits. On n’est pas des méchants, on ne
veut pas d’ennui alors tu nous laisses tranquille hein ?”
Sympa la montée d’adrénaline de si bon matin ! [smiley]
Une fois les ours contournés et dépassés, nous faisons de nouveau face au
glacier et nous en rapprochons au plus près, mais pas trop non plus (ça serait
couillon de se prendre un morceau de glacier sur la tête…) pour y prendre
quelques photos rigolotes en guise de souvenir.
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Nous poursuivons notre rando dans une prairie assez dégagée. Ça, c’est cool
pour voir la faune sauvage arriver de loin [wink]. Prudence toutefois, nous ne
sommes pas à l’abri de voir un nounours sortir d’une touffe d’arbustes ici et
là.
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13h30, c’est l’heure de la pause collation. La journée est magnifique
aujourd’hui. Le soleil brille fort. Nous avons même un peu chaud. L’endroit est
parfait pour reprendre un peu d’énergie, avec le glacier Donjek à notre droite
et le glacier Kluane que nous apercevons à notre gauche. Le paysage est plutôt
cool [smiley].
[] []
Après cette petite demie-heure énergisante, nous reprenons notre marche pour
1,5 km. En chemin, nous faisons connaissance avec un lièvre.
[]
A partir du moment où nous apercevons le ruisseau Big Horn, deux options
s’offrent à nous.
Nous pouvons descendre jusqu’au ruisseau Big Horn et le longer tout du long
jusqu’au campement. Mais selon le niveau d’eau du ruisseau, la marche peut
s’avérer facile comme très compliquée par endroit.
Ou alors, nous pouvons monter jusqu’au col Expectation à 1840 mètres d’altitude.
Cette option est plus sportive car il nous faut traverser une forêt pour
ensuite remonter de 600 mètres un ruisseau, affluent de Big Horn.
Les beaux points de vue annoncés dans le topo ainsi que ladite montée
progressive dans le ruisseau nous motive à opter pour cette deuxième
alternative.
C’est donc parti pour 8 km avant de trouver un campement pour la nuit.
[] Le ruisseau Big Horn [] La forêt à traverser et le ruisseau à remonter (à
droite)
Sur le topo, ce n’est pas si compliqué. En vrai, la montée en forêt est quand
même intense. Totalement hors sentiers, il est difficile de trouver un chemin
facile qui traverse la forêt, ce qui fait que nous avons tendance, pour en
finir au plus vite, à monter tout droit devant. C’est raide, ça brûle nos
muscles et ça nous donne chaud. Nous sommes en sueur !
Et comme nous n’y voyons absolument rien dans cette forêt, nous craignons de
croiser un ours à tout moment. Et disons que nous en avons vus assez pour
aujourd’hui, alors pour éloigner l’éventuel animal qui rôderait potentiellement
dans le coin, je n’ai rien trouvé de mieux, en plus d’émettre nos habituels
petits cris aigus, que de chanter “il en faut peu pour être heureux” du Livre
de la Jungle. Et toujours le même refrain ! Désolée Guigui, je sais que ça
commence à te taper sur le système mais c’est le seul morceau de la chanson que
je connaisse ! [smiley]
Franchement, on en chie pas mal mais très vite, nous sommes contents de trouver
le fameux ruisseau qu’il nous faut remonter dans un canyon.
Les paysages y sont effectivement bien plus dégagés. Plus beaux également,
d’autant plus rassurant que nous pouvons voir au loin.
C’est parti pour 600 mètres de dénivelé sur 3 km ! Youhou ! On lâche rien !
[]
Au début, le ruisseau est à sec et on se demande si on va avoir assez d’eau à
boire pour effectuer tout le trajet jusqu’au camp.
Il fait tellement chaud ! Et l’ascension dans les cailloux nous demande
tellement d’efforts que nous sommes assoiffés, si bien que nous buvons avec
parcimonie.
[]
Nous finissons par trouver une petite flaque d’eau, suffisante pour remplir
trois de nos quatre gourdes. Ah ! Que ça fait du bien de boire !
A peine plus haut, nous voyons enfin le ruisseau couler. C’est beau mais le
dépôt blanc sur les roches nous laissent penser que c’est de là que vient le
goût de l’eau. On croirait boire de l’Hepar ou de la Contrex, pas nos eaux
favorites mais bon, quand il n’y a que ça, on s’en contente.
[] []
L’ascension du ruisseau connaît des passages bien raides et difficiles mais
dans l’ensemble, nous avançons à un bon rythme et effectuons les 600 mètres de
dénivelé sur 3 km de distance en 2h.
La vue depuis ce canyon est absolument splendide.
Beaucoup de sommets enneigés et nous apercevons de nouveau l’immense glacier
Donjek.
[]
Puis, nous nous éloignons du ruisseau pour monter jusqu’au col Expectation d’où
nous apercevons quelques mouflons.
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Il est 17h30 lorsque nous atteignons le col. Il ne resterait désormais plus que
3 km à parcourir sur un terrain en balcon, avant de trouver une place
potentielle où camper. Ça serait cool pour une fois de pouvoir poser le camp
avant 18h30.
[] []
Jusqu’à présent, malgré la difficulté du canyon, toute notre randonnée se
passait merveilleusement bien jusqu’à ce que le GPS fasse de la merde.
En effet, ne sachant plus vraiment par où poursuivre la rando, nous nous en
remettons à notre position GPS afin de savoir dans quelle direction continuer.
D’après notre position, il nous faut continuer plus haut dans les montagnes.
C’est étrange car nous pensions ne plus devoir prendre de hauteur, mais
peut-être avons-nous mal évalué notre trajectoire ?…
Nous finissons par nous retrouver très très haut dans une montagne mais
absolument pas sur le bon chemin. En effet, nous aurions dû nous trouver
en-dessous du promontoire et non au-dessus.
Le seul moyen maintenant de redescendre pour récupérer le chemin plus bas, est
de passer par les éboulis mais c’est pas mal dangereux.
Guigui passe en premier et glisse. J’ai peur pour lui.
Lui aussi m’avoue avoir eu peur mais à priori, tout va bien.
[]
A présent, c’est à mon tour d’emprunter ce passage très très difficile. Je suis
terrorisée.
Dans les éboulis, tout est en mouvement si bien que, comme sur le trek Grizzly
Lake au parc Tombstone, j’ai l’impression que je vais mourir ici.
Je glisse avec les pierres, me rattrape in extremis sur un gros caillou,
heureusement stable, et suis prise d’une crise d’angoisse. Faut dire que la
situation est vraiment effrayante. Nous sommes sur une descente à pic dans des
éboulis hyper glissants.
C’est dans ces moments-là que l’on se rend compte à quel point on tient à la
vie.
Après quelques minutes de respiration profonde, je me remets de mes émotions et
poursuis plus facilement ma descente dans cette montagne de malheur.
Plus de peur que de mal, nous finissons par retrouver le chemin du tracé trouvé
auparavant sur internet. Nous sommes épuisés tant cette frayeur en montagne
nous a bouffé de l’énergie.
Nous marchons ces fameux trois kilomètres supposés nous amener à notre
campement près d’un ruisseau où nous pourrons nous ravitailler en eau, mais
comme si nous n’en avions pas déjà plein les jambes, le ruisseau est à sec.
Merde ! Nous devons, bien que exténués, continuer de marcher jusqu’à trouver un
point d’eau.
Nous trouvons bien une mare mais l’eau, même filtrée, ne nous convainc pas
vraiment. Mais qui dit mare dit que l’eau doit couler pas loin. En effet, après
être passé devant une seconde mare, nous atteignons, enfin, un ruisseau qui
part de sa source. Une eau parfaitement claire qui sort de sous la terre.
Hallelujah ! Nous avons de l’eau et allons pouvoir poser le camp [smiley].
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Les terrains ne sont pas géniaux pour camper malgré le paysage extraordinaire
qui nous entoure. Beaucoup de bosses, beaucoup de plantes et de terrains
pentus. Mais bon, nous nous en contenterons pour la nuit, étant trop fatigués
pour continuer plus loin. Il est déjà 19h30.
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Le vent se lève et ça en devient compliqué de monter la tente et la bâche pour
l’espace cuisine.
Nous dînons et en allant ensuite nous brosser les dents quelques mètres plus
loin, nous repérons un espace plus plat où poser la tente, situé juste non loin
de notre espace cuisine.
21h30, nous déménageons notre tente dans l’espoir de passer une bonne nuit.
Dodo à 23h30. Demain devrait une journée plus cool…
[]
Jour 758 : mardi 28/08/2018
Étape 6 : du col Expectation à la rivière Duke
Distance : 11 km
Point de départ : 1760 mètres d’altitude
Point d’arrivée : 1130 mètres d’altitude
Point le plus bas atteint : 1120 mètres
Point le plus haut atteint : 2105 mètres
Durée : 6h (peu de pauses incluses)
Animaux aperçus : des mouflons
Premier réveil à 7h00 : pas question de nous lever. La nuit a été bien trop
mauvaise. Pris dans un nuage depuis minuit hier soir, il ne fait que pleuvoir
non-stop. Nous sommes crevés.
Nous préférons rester bien au sec dans nos sacs de couchage, espérant que la
pluie finira par cesser bientôt.
Deuxième réveil à 10h15 après avoir dormi par intermittence de 15 minutes. Il
pleut toujours autant. Guigui suggère que l’on se bouge mais moi, je ne suis
pas du tout motivée à marcher sous la pluie et à me tremper jusqu’à l’os comme
lors de notre troisième étape au col Hoge.
Une heure plus tard, nous étudions les différentes possibilités qui s’offrent à
nous.
Nous pouvons passer une nuit de plus ici, au col Expectation, cela signifiant
prendre un peu de retard sur notre parcours et envisager le trek sur neuf jours
au lieu de huit. C’est tout à fait envisageable mais pas l’idéal.
Autrement, nous pouvons partir plus tard et effectuer l’étape d’aujourd’hui sur
deux jours, l’essentiel étant d’avancer au moins un peu et de quitter le
mauvais temps.
Vers midi, la pluie ne cesse pas mais tombe beaucoup plus fine. Nous prenons
notre petit déjeuner dans la tente. On sait, ce n’est pas bien et il ne faut
jamais manger dans sa tente à cause de la présence d’ours dans le parc Kluane
mais bon, ça ne nous tente vraiment pas de nous tremper pour deux crêpes et une
barre Cliff…
À 13h, nous commençons à remballer nos affaires, démontons la partie intérieure
sèche de la tente et restons sous la paroi extérieure, prêts à partir aussitôt
que la pluie cessera.
15h, nous quittons enfin le camp. Jamais nous n’aurons commencer une étape
aussi tardivement.
Très vite, nous avons les pieds mouillés, la toundra étant absolument trempée
par toute la pluie qui tombe depuis plus de douze heures.
A 1800 mètres d’altitude, la pluie se transforme en neige et ce sont désormais
de gros flocons qui nous tombent dessus. Nous aimons mieux ça à la pluie ceci
dit…
Plus nous prenons de l’altitude et plus les flocons se font épais.
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A 1900 mètres d’altitude, les flocons tiennent au sol et nous poursuivons notre
ascension vers le col Atlas, les pieds dans la neige.
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En moins d’une heure et demie, nous atteignons le col Atlas. Nous sommes à 2100
mètres d’altitude.
De là, la vue est supposée être effarante mais malheureusement, pris dans un
nuage, nous ne voyons absolument rien.
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Désormais, il nous faut poursuivre sur la crête et trouver le chemin rejoignant
le ruisseau qu’il nous faudra descendre jusqu’à la rivière Duke.
Comme nous n’y voyons rien et qu’il y a quand même un bon 4-5 cm de neige au
sol, je ne suis pas très rassurée quant à l’idée de continuer la rando sur la
crête.
Nous avons déjà connu notre demi heure de frayeur hier soir dans les éboulis de
la montagne, je ne tiens pas spécialement à revivre ça.
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Guigui vérifie très régulièrement notre position GPS et nous poursuivons sans
trop de danger.
En réalité, ce qui est effrayant, c’est de ne rien voir devant nous à cause de
ce maudit nuage dans lequel nous sommes pris.
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Mais bon, en avançant tranquillement pas vite, nous finissons par rejoindre le
ruisseau, dans un premier temps à sec.
La descente s’effectue plutôt bien et nous sommes ravis de voir à nouveau à
plusieurs kilomètres devant nous, le ciel s’éclaircir de plus en plus.
Les mouflons que nous apercevons en montagne adoucissent également cette
journée, pas des plus amusantes.
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Le ruisseau, qui se divise en plusieurs bras d’eau, rejoint bel et bien la
rivière Duke, ce qui signifie qu’il ne nous resterait à présent, plus que 500
mètres à marcher avant de pouvoir monter le camp.
Enfin ça, c’est la théorie selon le topo de Parcs Canada parce qu’en vrai, le
seul potentiel emplacement que nous voyons se trouve dans le bois, quasiment
sur le sentier même des animaux. Pas terrible…
On croirait que les fameux emplacements de camping mentionnés dans le topo ont
été submergés par la rivière.
Il est déjà 20h, nous espérons trouver rapidement un nouvel espace où installer
notre campement.
Nous continuons donc notre rando sur un kilomètre supplémentaire et difficile
dans un bois. Bloqués parfois par la rivière, nous sommes forcés de grimper à
travers les branches et la mousse pour la contourner.
Nous en avons plein le dos !
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Nous atterrissons sur une île parfaite. Le sol est sablonneux et plat, la
rivière est à deux pas pour remplir nos gourdes d’eau et préparer le repas, et
il y a suffisamment de place plus loin de la tente pour installer notre coin
cuisine.
C’est décidé, c’est ici que nous passerons la nuit. Il est 21h.
[]
Le temps d’installer le camp et de préparer le repas, nous ne mangeons pas
avant 22h, dans l’obscurité d’un ciel entre chiens et loups.
Jour 759 : mercredi 29/08/2018
Étape 7 : de la rivière Duke au lac Cache
Distance : 10 km
Point de départ : 1130 mètres d’altitude
Point d’arrivée : 1470 mètres d’altitude
Point le plus bas atteint : 1130 mètres
Point le plus haut atteint : 1485 mètres
Durée : 7h (pauses incluses)
Animaux aperçus : aucun
Levés à 10h ce matin, nous décampons à 12h30. La journée s’annonce plutôt belle
et ça, c’est cool ! [smiley]
[]
Notre objectif aujourd’hui est d’effectuer 10 km jusqu’au lac Cache. Donc à
priori, une petite étape.
Nous commençons la journée tranquillement en longeant l’un des bras de la
rivière Duke, tantôt en marchant sur les cailloux entre les bras de rivière,
tantôt en empruntant un sentier dans le bois, la rivière étant intraversable
par endroit.
Le paysage le long de la rivière Duke est très beau et la fin de l’été
s’annonçant, nous pouvons déjà observer quelques couleurs automnales.
L’automne arrive bientôt au Yukon, l’hiver commence même à s’installer sur les
sommets de quelques montagnes.
[] [] []
Et puis arrive le moment tant attendu de cette étape, la traversée de la
rivière Duke, réputée pour être relativement difficile.
Après avoir cherché longtemps où traverser sans danger cette rivière qui coule
à haut débit, nous trouvons un passage au courant un peu moins fort et surtout
aux eaux moins profondes. Le niveau de l’eau arrive aux mollets de Guigui
tandis qu’elle me mouille jusqu’aux genoux.
La rivière n’est pas trop difficile à traverser malgré la force du courant que
nous sentons capable d’emporter nos jambes à tous moments, et l’eau, bien que
très froide, l’est beaucoup moins que nous l’avions imaginée.
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Une fois la rivière traversée, nous séchons nos pieds et reprenons un peu
d’énergie à l’aide de quelques noix au soleil, en bord de rivière. Loin d’être
déplaisant [smiley]. Il est 15h et cela fait déjà 2h30 que nous marchons.
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Nous poursuivons ensuite notre parcours de l’autre côté de la rive, un peu plus
en hauteur. Parfois, le chemin passe vraiment proche de la rivière déchaînée.
Attention à ne pas tomber !
[]
Puis, nous nous éloignons de la rivière pour grimper un peu moins de 300 mètres
de dénivelé et nous rendre jusqu’au lac Cache.
Nous remontons d’abord un ruisseau à sec, encore un, qui très vite, devient
impraticable tant la végétation a repris ses droits. Il y a beaucoup de
branchages qui nous empêchent de continuer dans ce lit de ruisseau alors nous
poursuivons cette ascension dans la forêt, toujours hors sentiers et toujours
inquiets d’une mauvaise rencontre avec un ours. Nous n’aimons pas vraiment les
chemins hors sentiers en forêt car, en plus de ne rien y voir, ils sont
particulièrement épuisants à parcourir lorsque nous avons une charge importante
à porter.
La fatigue accumulée de ces derniers jours liée à de mauvaises nuits de
sommeil, ainsi que la forte douleur à mon trapèze causée par le poids de ce
maudit sac, commence à jouer sur mes nerfs.
Je suis tellement épuisée que lorsque nous arrivons en haut de notre ascension,
je versé quelques larmes de fatigue et de douleur.
“Allez courage puce” me dit mon p’tit cœur. “Plus que quelques kilomètres à
parcourir sur un terrain plat”. Plat oui mais pas dégagé d’arbustes.
Ce trek est difficile, j’en conviens, mais lorsque nous posons notre camp dans
des endroits aussi merveilleux que le lac Cache, on oublie vite la douleur et
la fatigue, au moins le temps d’un instant, le temps de l’émerveillement face à
la beauté du lieu.
Tranquille, calme, apaisant et de belles montagnes qui se reflètent sur le lac.
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Une fois le soleil passé de l’autre côté de la montagne, les températures
dégringolent assez vite. Il est 21h et le thermomètre affiche déjà 0°C. La nuit
promet d’être fraîche…
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Jour 760 : jeudi 30/08/2018
Étape 8 : du lac Cache à la route de l’Alaska
Distance : 16,7 km
Point de départ : 1470 mètres d’altitude
Point d’arrivée : 810 mètres d’altitude
Point le plus bas atteint : 810 mètres
Point le plus haut atteint : 1470 mètres
Durée : 7h45 (pauses incluses)
Animaux aperçus : 1 grizzli à l’arrivée
La nuit a effectivement été fraîche. Les températures ont chuté en-dessous de
zéro et nos chaussures d’eau ont commencé à geler.
Je ne peux pas croire qu’à la fin du mois d’août, il y ait déjà des gelées !
L’été est définitivement trop court au Yukon !
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Si nous souhaitons terminer le trek aujourd’hui, il nous faut randonner les
derniers 16 km qui nous séparent de la route de l’Alaska. C’est carrément
faisable d’autant que ce matin, nous réussissons à quitter relativement tôt
notre campement, à 9h15 ! [smiley]
En principe, le parcours ne devrait pas être trop difficile, surtout en terme
d’orientation car nous devons redescendre tout du long le ruisseau Copper Joe
qui débute aussitôt derrière le lac Cache.
La journée s’annonce une nouvelle fois belle et chaude mais pour le moment, à
9h30, le soleil étant encore caché derrière la montagne, la randonnée se fait
plutôt à la fraîche.
Le long du ruisseau, à sec au début, nous suivons une ancienne route, parfois
assez claire et facile à suivre, parfois beaucoup moins.
En ce début de matinée, nous sommes surpris de constater qu’à la fin du mois
d’août, la végétation qui nous entoure ainsi que les quelques mares ici et là
ont subi des gelées durant la nuit.
Les arbustes sont recouverts d’une fine pellicule blanche et les mares d’une
fine couche de glace.
L’hiver est bientôt là !
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Mais dès que le soleil pointe le bout de son nez, nous sommes vite réchauffés.
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Sur cette ancienne route, nous découvrons quelques carcasses d’animaux sauvages…
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Le ruisseau Copper Joe demande à être traversé un bon paquet de fois et la
plupart du temps, il est impossible de le faire sans se mouiller les pieds.
Généralement, nous essayons toujours de trouver des passages avec des pierres
pour ne pas avoir à nous déchausser, mais aujourd’hui, c’est impossible.
Nous tentons bien par moment de contourner le ruisseau en empruntant un chemin
dans le bois et ainsi éviter de nous tremper les orteils mais en vain, nous
revenons toujours au ruisseau.
Alors en ce dernier jour de trek, nous estimons que nous n’avons rien à faire
de mouiller nos pieds et nos chaussures. Ce soir, nous serons de retour à notre
van et nous pourrons changer de chaussures et de vêtements aisément.
[] [] []
Il y a tellement de traversées à effectuer que nous avançons effectivement bien
plus rapidement en gardant nos chaussures aux pieds.
La balade est très belle et agréable et si nous n’étions pas si fatigués, si
nos trapèzes ne nous faisaient pas tant souffrir, sûrement qu’elle nous
paraîtrait bien plus facile encore.
Mais cela fait 8 jours que nous marchons avec de gros sacs sur le dos. Le mien
pèse près de 20 kg et celui de Guigui 24 kg. Nous sommes crevés.
Et puis, nous apercevons le lac Kluane, paysage qui nous indique que la route
de l’Alaska n’est plus très loin.
[]
Enfin, nous arrivons sur la piste de 4×4. Plus que 5 km à parcourir et nous
aurons terminé le trek du glacier Donjek [smiley].
[]
17h, nous voici arrivés sur le bord de la route. Le trek est bel et bien
terminé. Nous l’avons réussi. Nous l’avons fait, non sans peine mais sans aucun
gros problème rencontré.
Je dois dire que je suis assez fière de nous car le trek est difficile, de part
le poids du sac à dos, ses longues étapes et le fait d’être hors sentiers et de
devoir toujours être attentifs à notre orientation.
Un trek au Yukon ne ressemble en rien à un trek balisé de type GR en France, ça
c’est certain.
Alors que nous pensions arrêter facilement une voiture pour parcourir les 15
derniers kilomètres de route qui nous conduisent à notre van, l’auto-stop
s’avère bien plus difficile qu’on le pensait.
L’Alaska Highway étant peu fréquentée par les véhicules mais beaucoup par les
ours, nous pensons naturellement qu’il sera facile de monter dans une voiture,
car qui laisserait deux randonneurs galérer sur ce type de route ?!!!
Et bien il faut croire qu’au Yukon, le concept de l’autostop ne soit pas très
développé. Il nous faudra 1h pour parcourir ces fichus 15 km !
Nous avons beau donner nos meilleurs sourires, et écrire sur un morceau de
papier “Only 15 km”, personne ne s’arrête, personne ne veut de nous.
Alors, lorsque j’aperçois ce grizzli à 50 mètres de nous, je change
radicalement de méthode et me met quasiment sur la route pour arrêter les
voitures, en leur faisant signe qu’il y a ours tout près.
Et bien même ça, ça ne fonctionne pas. Les gens en ont rien à faire que le
danger soit si proche.
A force de persévérance, nous réussissons à monter dans le pick-up d’un
monsieur autochtone atteint d’un cancer de la gorge.
Mais évidemment, avant de connaître ses problèmes de santé, j’ai mis les pieds
dans le plat bien comme il faut.
Moi (pendant que Guigui charge la benne du pick-up de nos sacs à dos) : “merci
beaucoup monsieur, c’est super gentil de nous prendre en stop”
Le monsieur semble ne pas vouloir me parler et me met un gros vent !
Moi (qui insiste pour faire la conversation) : c’est vraiment gentil à vous !
En plus, il y avait un ours pas loin de nous, on a eu un peu peur.”
Le monsieur est toujours silencieux.
Moi : “on voudrait aller à Burwash Landing, c’est possible ?”
Là, le monsieur me fait signe avec sa main d’un ”coupage de gorge” alors
naturellement, je lui dis :
“ Ah ! Vous êtes malade ? Vous avez le rhume ?”
Le monsieur, qui doit me prendre pour la lourdingue de service, finit par
m’aligner quelques mots en appuyant sur sa gorge. D’une voix de zombie, il me
dit qu’il ne peut pas parler.
Ah bah oui effectivement ! Je vois ça !
Je grimpe à l’arrière et Guigui, qui passe à l’avant, se présente à notre
chauffeur avec un grand sourire et le remercie à son tour de nous prendre en
stop.
Guigui : “salut je m’appelle Guillaume. Comment ça va ? Est-ce que vous pouvez
nous déposer 15 km plus loin ?”
Là, j’informe Guigui que le monsieur ne peut pas parler, mais notre gentil
chauffeur appuie fortement sur sa gorge pour nous expliquer qu’il a eu un
cancer de la gorge et que c’est à cause de ce cancer qu’il a des difficultés à
parler. Mais pas de problème pour nous déposer 6 km plus loin à la station
service où il travaille.
Arrivés à la station service, Guigui reste sur le bord de la route pour arrêter
une voiture capable de nous conduire 9 km plus loin tandis que je m’en vais
prospecter dans la boutique de la station service.
Un jeune couple, franchement pas motivé pour nous prendre (ça s’est vu direct
dans leurs yeux), une cliente qui, après avoir longuement hésité, s’en va comme
par hasard dans la direction opposée, etc…
Finalement c’est un couple australien venu au Canada avec un PVT et habitant
dans un van aménagé qui s’arrêtera et nous embarquera jusqu’à notre destination.
N’ayant vu que Guigui au début (puisque j’étais en boutique en train de
négocier un trajet), ces jeunes gens ont fait demi-tour pour le récupérer mais
une fois le demi-tour effectué, ils ont vu que nous étions deux. Bien qu’ils
n’aient pas vraiment de place où nous installer dans leur van, nous nous
asseyons sur le plancher. Pour seulement 9 km, ce n’est pas la mer à boire…
Déposés sur le bord de la route, nous marchons notre dernier kilomètre en
forêt, sur l’ancienne piste minière que nous avons empruntée en début de trek.
Et nous retrouvons notre mini-van, enfin !
Et c’est là que nous voyons que nous sommes au Canada et pas en France car nous
avons laissé notre van stationné huit jours au même endroit dans le bois, avec
trois roues et un bidon d’essence sur le toit ainsi que toutes nos affaires à
l’intérieur, et rien, mais absolument rien n’a bougé. En France, il est certain
qu’on nous aurait volé nos roues, si ce n’est plus encore…
De retour à la voiture, nous nous déchaussons, faisons prendre l’air à nos
pieds qui baignent dans leur jus depuis plusieurs heures, et reprenons la route
à 18h15, direction Whitehorse.
Un fantastique trek qui s’achève. Une expérience incroyable qui restera gravée
à tout jamais dans notre mémoire, ça c’est certain. [smiley]