Canada – Celui qui espérait obtenir un visa touriste canadien

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Jour 708 : samedi 07/07/2018

Cela fait deux jours que nous avons reçu le refus du permis de travail que
Guigui avait demandé via la mobilité francophone. Deux jours que nous avons
soudainement arrêté de travailler parce que nous n’en avons plus le droit.
Notre PVT étant terminé, nous n’avons plus de statut travailleur.

Aujourd’hui, nous sommes donc allés en vitesse à la frontière avec l’Alaska
afin d’obtenir un visa touriste et d’avoir un statut tout à fait légal nous
permettant de réfléchir tranquillement à ce que nous allons faire ces
prochaines semaines et ces prochains mois.

Nous embarquons avec nous un ancien collègue de Guigui qui, lui, a obtenu son
programme de nominé et doit désormais faire valider par un douanier un nouveau
permis de travail. Tous ses papiers sont en règle.

Alors que nous pensions obtenir ce visa touriste assez rapidement, nous restons
trois longues heures à la frontière canadienne.

C’est l’obtention du permis de travail du collègue de Guigui qui prend le plus
de temps parce que ce dernier contrarie beaucoup le douanier en lui racontant
un léger mensonge par ommission, et c’est donc sans surprise qu’il passe son
dossier au peigne fin pendant deux longues heures.

Un temps monstrueux que Guigui et moi passons de l’autre côté du bureau, à
observer le visage du pauvre collègue se décomposer de plus en plus à mesure
que le douanier, qui entre nous se prend pas mal pour un cow-boy, lui pose et
lui répète inlassablement les mêmes questions pour l’amener à dire la vérité.

En assistant à cette scène, Guigui et moi pensons aussitôt que nous
n’obtiendrons jamais notre visa touriste canadien après avoir passé deux années
dans le pays comme travailleurs.

On se voit déjà reprendre le voyage vers le sud du continent ou rentrer illico
en France…

Après deux heures d’interrogatoire, le collègue de Guigui, qui rappelons-le, a
en sa possession tous les papiers en règle provenant de l’immigration, obtient
enfin son permis de travail.

Avant que le douanier ne s’occupe de notre cas, le collègue de Guigui nous
invite vivement à dire toute la vérité à ce douanier à propos de notre
situation ainsi que les raisons pour lesquelles nous demandons un visa touriste
après deux années de statut travailleur. Il nous conseille de ne pas lui cacher
la possibilité d’effectuer un programme de nominé bien qu’il ne soit pas
autorisé de postuler à des offres d’emploi en tant que touriste. Parce que si
on commence à se perdre dans des mensonges, on est cuit. Surtout que ce
douanier-là n’a pas l’air de rigoler beaucoup…

Bien souvent, la meilleure façon d’obtenir un visa touriste, surtout après un
permis de travail quelconque, est d’apporter au douanier une preuve de fonds
qui montre que nous pouvons subvenir à nos besoins pendant toute la durée du
visa, ou bien fournir un acte de propriété qui, en théorie, signifie que nous
avons une attache avec notre pays et que nous avons bien l’intention d’y
retourner.

Du coup, bien que nous ayons vendu notre appartement du sud de la France en
janvier dernier (ça, personne n’est censé le savoir au Canada), quand le
douanier nous demande si nous avons des attaches en France, Guigui s’empresse
de lui montrer le papier qui stipule que nous avons bien acheté un appartement
dans le sud de la France il y a deux ans.

Il lui fournit également les copies de nos comptes bancaires canadien et
français, qui prouvent que nous avons largement de quoi vivre en tant que
touristes, sans travailler.

Puis, le douanier souhaite nous interroger individuellement afin de déterminer
si nous sommes honnêtes ou si nous essayons de lui retourner le cerveau.

Et c’est là que ça devient drôle…

Le douanier me demande de le suivre pour m’interroger en premier.

Avant même de commencer l’interrogatoire, il me demande si je suis à l’aise en
anglais, ce à quoi je lui réponds : “hummm, so so…”.

Disons qu’il faut me parler lentement [smiley].

Et bien pour une fois, mon faible niveau d’anglais m’aura bien servi.

Voici en gros comment se présente ma vingtaine de minutes en tête à tête avec
le douanier.

Première question, pas comprise… « Vous pouvez répétez la question ? »

Ça commence bien ! [laugh]

Le douanier : “ok, alors si j’ai bien compris, vous avez un appartement en
France et c’est là que vous allez retourner vivre, c’est bien ça ? “

Moi (obsédée par la vérité) : ah non non non ! Notre appartement, on l’a vendu.
On n’a plus d’appartement en France.”

Grâce à la porte entrouverte du bureau, mes paroles arrivent jusqu’aux oreilles
de Guigui qui ne comprend pas mon aveu.

“Mais pourquoi elle lui dit qu’on a vendu notre appart alors qu’on vient de lui
montrer notre acte de propriété ??? Ce n’est pas grave, on va arranger ça”.

Et ni vu ni connu, Guigui reprend gentiment l’acte de propriété encore déposé
sur le comptoir de la réception et le range discrétos dans son sac.

De toute façon, le douanier ne semble pas capter un mot de français. Il n’a
même pas été capable de convertir grossièrement nos économies françaises en
dollar canadien.

Enfin bref, sur un malentendu, le petit mensonge concernant notre acte de
propriété peut passer. On peut toujours miser sur notre difficulté à conjuguer
les verbes dans les bons temps en anglais.

We have, we had (an appartment), tout ça c’est du pareil au même. [wink]

Reprenons l’interrogatoire…

Le douanier : “je ne comprends pas. Vous n’avez plus d’appartement en France ?
Mais alors si vous rentrez en France, où est-ce que vous allez vivre ?”

Moi : “bah je sais pas, on louera un logement. Au début on ira vivre chez les
parents de mon mari mais pas trop longtemps, et ensuite on louera un
appartement.”

Le douanier : “ Pourquoi est-ce vous ne vivrez pas trop longtemps chez les
parents de votre mari ?”

Moi : “oh et bien parce qu’on a plus de trente ans et qu’au bout d’un moment,
et bien on en a assez de vivre chez les parents, non ?”

Le douanier : vous m’avez dit que vous alliez peut-être faire un programme de
nominé avec Coast Mountain Sports. Mais où est-ce que vous voulez vivre, vous ?
Vous voulez vivre au Canada ou en France ?”

Moi : “alors ça c’est vraiment une bonne question, parce que la France me
manque beaucoup et j’adore mon pays mais j’aime beaucoup aussi la vie au Yukon.
Vous savez, c’est pas facile de choisir…”

Le douanier : “et votre mari, où est-ce qu’il veut vivre ?”

Moi : et bien, il faut le lui demander ! Mais je suis pas mal sûre qu’il vous
dira qu’il ne sait pas trop non plus et qu’il hésite beaucoup entre la France
et le Canada. Vous savez, savoir où on veut vivre, c’est la question de notre
vie !”

Et je parle, et je parle…. J’ai l’impression de souler le douanier avec mes
histoires.

Le douanier : “si vous rentrez en France, est-ce que vous avez du travail qui
vous attend ?”

Moi (toujours hyper honnête et naturelle) : “absolument pas ! Mais je ne
m’inquiète pas pour ça ! J’ai plein de contacts dans le sud de la France et je
suis sûre que je retrouverai du travail rapidement.”

Le douanier : “mais puisque vous venez de passer deux ans au Canada, pourquoi
voulez-vous un nouveau visa touristique de six mois ?”

Moi : “et bien parce qu’on aime ça voyager et qu’il y a encore plein d’endroits
à découvrir au Canada, comme aller au nord du Yukon ou dans les Territoires du
Nord-ouest, plein de belles expériences à vivre encore.”

Et je parle…et je parle… Je lui raconte littéralement ma vie dans un anglais
approximatif mais qu’il semble toutefois comprendre relativement bien.

Là, je pense que je le soule vraiment beaucoup. Je peux lire ses pensées : “mon
dieu qu’elle parle beaucoup cette française !!”

Je sors de l’interrogatoire et passe le relais à Guigui. Le douanier lui pose à
peu près les mêmes questions sur nos projets et il lui ressort des réponses
relativement similaires (en même temps, ça n’est que la vérité qui sort de
notre bouche).

Guigui reste bien moins longtemps que moi à discuter avec le douanier. Nous
pensons qu’il en a assez de gérer notre cas. Et puis, comme il le dit si bien,
nous avons suffisamment d’argent pour tenir plusieurs mois au Canada sans
travailler, et c’est bien ça l’essentiel.

Après nous avoir expliqué la démarche la plus importante à respecter pour
obtenir un nouveau permis de travail, à savoir en faire la demande depuis
l’extérieur du Canada car il est strictement interdit de postuler à une offre
d’emploi lorsque l’on est touriste, ce douanier, un tantinet agaçant au début
mais finalement pas si méchant, nous accorde un visa touriste de six mois à
compter d’aujourd’hui. Du moins, ça, c’est ce qu’il nous dit. Mais quand Guigui
lui demande si le fait qu’il n’y ait pas de date de fin sur le tampon signifie
qu’on a 6 mois, le douanier reprend nos passeports et nous dit qu’il va
compléter et s’empresse de marquer une fin de notre séjour au 7 novembre 2018.

Heuuu… jusqu’au 7 novembre, ça ne fait plus six mois mais plutôt quatre mois.
Bon bah tant pis, on se contentera de quatre mois. Cela fait déjà trois heures
que nous sommes à cette maudite frontière et il n’est pas question d’embêter
davantage Monsieur le douanier.

[]

Merci et tchao bye bye ! [smiley]

C’est donc fatigués mais également plus détendus et très heureux d’avoir obtenu
chacun notre nouveau visa, que nous repartons tous les trois à Whitehorse.

Finalement, la vente de cet appartement aura vraiment été une bonne chose car
sans la trésorerie qu’il nous a apportée, jamais nous n’aurions obtenu notre
visa touriste et prolongé notre séjour au Canada.

Maintenant, c’est parti pour de nouvelles aventures sur la route. Et on
commence par le nord du Yukon ! [smiley]

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