Canada – Celui qui prenait la Dempster Highway en été (Partie 1)

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Jour 711 : jeudi 12/07/2018

La région du Silver Trail dans le Centre-Est du Yukon sillonnée, nous
poursuivons notre road trip “été 2018” vers le Super Grand Nord comme je
l’appelle, là où le soleil ne se couche pas en été. Notre objectif n’est autre
que Tuktoyaktuk, petit village autochtone situé le plus au nord du Canada
accessible par la route, au bord de l’océan arctique [smiley].

Après avoir parcouru les 114 km qui séparent le camping Moose Creek dans lequel
nous avons passé la nuit et la jonction avec la route Dempster, nous y sommes,
au début de la route n°5 vers le Grand Nord.

La fameuse et mythique Dempster Highway [smiley].

Cette route sera-t-elle aussi belle et majestueuse que cet hiver lorsque nous
l’avons sillonnée en février dernier pour la première fois ?

Nous le découvrirons ces prochains jours…

La prochaine station service se situant à 370 km, nous faisons le plein
d’essence au début de la route Dempster et, nos trois pneus de secours et le
bidon de 25 litres d’essence bien ficelés sur le toit, nous partons pour une
nouvelle aventure ! [smiley]

Il n’y a aucun réseau téléphonique sur cette route de près de 900 km.

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Le début de la route est assez chaotique avec pas mal de graviers et de nids de
poules à éviter ici et là. Nous ne roulons pas plus vite que 60 km/h.

Puis, elle devient bien meilleure, nous permettant de conduire un peu plus vite.

Nous faisons un premier arrêt au parc territorial des Tombstone, un parc
absolument fantastique pour tous les amoureux de la nature.

Tout au long de notre parcours aujourd’hui, nous faisons plusieurs arrêts pour
photographier les paysages somptueux qui traversent le parc des Tombstone sur
50 km.

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Sur cette portion de route que nous avons empruntée cinq mois auparavant, la
route de graviers est moins facile à conduire qu’en hiver lorsque la glace et
la neige recouvrent tous les trous.

Dès lors que nous quittons le parc territorial des Tombstone, les paysages
varient aussitôt, les montagnes imposantes du parc faisant place aux plaines et
vallées verdoyantes en premier plan, et à d’autres montagnes en arrière.

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A mesure que nous roulons, la lumière change peu à peu la beauté des paysages,
un prétexte supplémentaire pour nous arrêter photographier et contempler toute
cette nature.

Toutes ces étendues vierges à perte de vue nous laissent sans voix tant c’est
de toute beauté.

Je pense qu’il faut le voir de ses propres yeux pour se rendre compte de
l’immensité du territoire.

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La route Dempster nous donne parfois du fil à retordre, surtout lorsque s’abat
sur une zone envahie de nids poule, une courte mais intense averse réclamant de
la prudence dans la conduite. Mais mon Guigui est un super conducteur alors
tout se passe à merveille.

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Après avoir conduit sur une route parfois éprouvante, nous arrivons vers 21h à
Eagle Plains, une étape incontournable sur ce voyage. Nous avons effectué la
moitié du parcours.

Eagle Plains n’est rien d’autre qu’une place où rester pour la nuit, à l’hôtel
ou au camping payant.

Il est également possible de s’y restaurer et de se relaxer dans le salon de
l’hôtel mais surtout, c’est ici que l’on remplit son réservoir d’essence [wink].

La voiture est dégueulasse, nous ne pouvons même plus lire la plaque
d’immatriculation. Une petite douche ne lui ferait pas de mal par la même
occasion [smiley].

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En ce qui nous concerne, nous n’y faisons qu’un arrêt pour le souper et c’est
en compagnie de corbeaux bien dodus que nous préparons et dégustons notre
souper.

Ces p’tits cons aimeraient tellement récupérer un peu de notre repas qu’ils
essaient de rentrer dans le van pour ne serait-ce qu’une bouchée.

Installés sur le toit et le capot de la voiture, ces corbeaux font un tel
raffut qu’on croirait vivre le film de Hitchcock [smiley].

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Après dîner, bien qu’il soit déjà 22h, nous profitons de la clarté du soleil de
minuit pour continuer notre périple jusqu’au cercle polaire arctique, où nous
passons la nuit.

Nous sommes au 66e parallèle, et à partir de cette latitude, le soleil ne se
couche plus de tout l’été.

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Arrivés à 23h30, le ciel est bien clair et nous veillons jusqu’à 1h30 du matin
pour observer le soleil descendre sur l’horizon.

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Jour 712 : vendredi 13/07/2018

Levés 10h30 ce matin, nous quittons le cercle polaire un peu avant midi, sous
un ciel dégagé et un soleil rayonnant.

Les paysages sont aussi beaux qu’à notre coucher, et tellement relaxants.

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Un dernier au revoir à notre ami l’écureuil terrestre, pas farouche pour un sou
et qui a bien compris qu’il y avait souvent des restes à se mettre sous la dent
en ce lieu très fréquenté (pas les nôtres, on ne laisse rien [wink]), et nous
reprenons la route toujours plus au nord.

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Nous effectuons le parcours sans encombre malgré une section un peu difficile,
pleine de trous et de boue, un peu avant d’atteindre la frontière entre le
Yukon et les Territoires du Nord-Ouest où nous discutons avec quelques motards
qui empruntent aussi la route Dempster.

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A environ 60 km de notre étape à Fort McPherson, nous sommes forcés de nous
arrêter, l’un des motards rencontré quelques kilomètres plus tôt, Bruce, est à
terre. Il vient d’avoir un accident.

Lui et sa femme Mary, un couple américain soixantenaire originaire de l’Utah,
parcoururent depuis environ six mois les routes de l’Amérique à bord de leur
moto.

Après avoir roulé sur les routes d’Amérique du Sud, ils sont aujourd’hui sur la
Dempster Highway en direction du point le plus au nord du Canada accessible par
la route.

En ce vendredi 13, il faut croire que la journée ne porte pas chance à tout le
monde, et surtout pas à Bruce qui, assis sur la route, semble souffrir des
côtes et du flanc droit.

Il ne nous est pas évident de lui venir en aide en anglais mais faisons de
notre mieux. Nous l’accueillons dans notre van et le conduisons jusqu’à Fort
McPherson au sein d’une clinique qui devrait bien s’occuper de lui.

Pour atteindre ce village reculé autochtone, il nous faut poursuivre la route,
emprunter un ferry, puis parcourir onze kilomètres de piste de terre battue.

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Nous débarquons Bruce et son épouse Mary au centre de soins qui, après lui
avoir administré des anti-douleurs, se charge de le rapatrier à Inuvik,
principale ville des Territoires du Nord-Ouest au nord du cercle polaire, où on
lui soignera ses côtes fêlées et sa clavicule déboitée.

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Notre bonne action du jour de faite, nous nous rendons aussitôt au centre des
visiteurs de Fort McPherson où nous attendent quelques mets gratuits pour
accueillir les visiteurs du village.

Nous faisons toutefois une donation car nous savons comme il peut être
difficile pour ce village reculé du Nord de 1000 habitants de se faire
ravitailler.

Après avoir rassasié nos estomacs, nous effectuons une visite rapide du village
autochtone qu’est Fort McPherson.

Sans charme particulier, il y règne pourtant une ambiance agréable. Les gens y
sont sympas et conviviaux.

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D’ailleurs, lorsque nous souhaitons repartir mais que notre batterie est à
plat, nous ne rencontrons aucune difficulté à nous faire aider par un habitant
du village qui rebooste aussitôt notre van [smiley].

La voiture à nouveau en marche, nous reprenons la route pour 186 km jusqu’à
Inuvik, ville principale des Territoires du Nord-ouest au nord du cercle
polaire, et peuplée de seulement 3500 habitants environ.

En chemin, nous prennons un autre ferry pour traverser la rivière aux abords du
village de Tsiigehtchic.

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A mesure que nous roulons, les paysages vallonnés font place à la toundra,
ressemblant beaucoup à celle que nous avions traversée au Labrador à l’été 2016.

Qui dit toundra dit quantité de moustiques et de mouches noires, tellement
envahissantes qu’elles nous empêchent d’aller jeter un œil au point de vue
indiqué sur la route.

Guigui prend une photo ou deux rapides sur le sentier et nous retournons
aussitôt en voiture nous mettre à l’abri de ces vampires.

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Nous arrivons à Inuvik un peu avant 23h où nous retrouvons des routes
goudronnés. Le ciel est super clair. Ce jour polaire est assez perturbant, si
bien que nous ne nous couchons pas avant 3h30 du matin !

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Jour 714 : samedi 14/07/2018

Levés à 11h ce matin sous un soleil de plomb. Il fait 30°C dans la voiture et
nous crevons de chaud.

Alors que nous voulions profiter de cette belle journée ensoleillée, nous
rencontrons à nouveau un problème avec notre van. C’est la troisième fois cette
semaine que notre batterie est à plat.

Après qu’un habitant nous ait aidé à la recharger, nous nous rendons au petit
garage du coin nommé “Midnight Mechanical”, autrement dit, “ La mécanique de
minuit”.

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Cet excellent vieux garagiste aux cheveux longs et à la main atrophiée, nous
informe qu’il est effectivement ouvert jusqu’à minuit en été, d’où le nom de
son établissement.

Il nous installe une nouvelle batterie qui fera bien l’affaire pour la suite de
notre périple mais nous recommande vivement de changer notre alternateur car
c’est parce que ce dernier est mort que notre batterie tombe sans arrêt à plat.

Enfin bref, il nous en coûte 240$ pour la nouvelle batterie et 50$ pour la main
d’oeuvre.

Les dépenses se poursuivent ensuite lorsque nous allons au supermarché nous
réapprovisionner en quelques denrées. Tout y est absolument hors de prix ! Nous
n’achetons donc que le stricte nécessaire et partons ensuite prendre des
informations au centre des visiteurs.

En sillonnant ici et là les différentes places qui nous intéressent, nous
prenons conscience que la ville d’Inuvik n’est ni jolie ni intéressante.

Dans les rues, nous voyons beaucoup de personnes issues des Premières Nations
(les autochtones) sous l’emprise de l’alcool et de la drogue. Ils errent dans
la ville tels des zombies. Étonnamment, nous ne rencontrons aucun “blanc” dans
le même état.

C’est dur de constater que même dans une petite ville comme Inuvik, il y ait
autant de différences sociales entre les “blancs” et les autochtones.

De voir les souffrances de cette population qui semble sans avenir, pour ne pas
dire en voie de disparition, nous peine beaucoup.

Dur de voir cette pauvre vieille dame complètement saoule dans son fauteuil
roulant en train de cuver en plein sous la cagne à la sortie du supermarché.

Un Québécois rencontré sur la route Dempster nous avait dit qu’Inuvik était une
ville fantastique car les gens y étaient très soudés et solidaires.
Malheureusement, il nous faut croire que la solidarité ne soit pas pour tout le
monde…

Dur de voir ce jeune homme nous envoyer chier parce que nous n’avons pas de
cigarettes à lui offrir.

Lui : “hey les gars, vous auriez une cigarette ?

Nous : non, désolés mais on ne fume pas.

Lui (après avoir cogité un instant) : faîtes pas comme si vous étiez des gens
bien parce que vous ne l’êtes pas !”

Que répondre à ce type qui ne sait pas ce qu’il dit ? Il est soul, en manque de
drogue, certainement en colère après le monde entier et surtout ravagé du
cerveau. Alors on le laisse dire et on passe à autre chose…

De toute façon, on ne peut malheureusement pas effacer les souffrances que les
“blancs” ont fait subir à la population autochtone du Canada il n’y a pas si
longtemps que ça…

Enfin bref, le moins que l’on puisse dire est que nous n’accrochons pas plus
que ça avec la ville d’Inuvik.

Avant de reprendre la route pour la dernière portion de route menant à
Tuktoyatuk, nous faisons un tour rapido à la station de lavage de voitures car
notre van en a grand besoin [smiley].

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Encore 150 kilomètres à parcourir et nous atteindrons notre objectif :
Tuktoyaktuk ou le village situé le plus au nord du Canada.

A nous l’océan Arctique ! [smiley]

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