Canada – Celui qui se baignait dans l’océan arctique

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Jour 713 : samedi 14/07/2018

Après avoir nettoyé la voiture à Inuvik en cette fin de journée, nous reprenons
la route et parcourons les 150 derniers kilomètres de la Dempster Highway
menant à Tuktoyaktuk, petit hameau de 800 âmes situé dans les Territoires du
nord-ouest, au 69° parallèle au bord de l’océan Arctique. Au bout de la route
quoi ! [smiley]

Cette portion de route, nouvelle depuis l’automne 2017, soit depuis huit mois
seulement, est beaucoup plus sablonneuse et molle que ce que nous avons
parcouru jusqu’ici, et est assez difficile à conduire.

Nous roulons environ 35 kilomètres sur les 150 qui nous séparent de Tuktoyaktuk
quand soudain nous avons une collision avec un bloc de sable dur.

Le choc fait beaucoup de bruit mais Guigui continue de conduire, pensant qu’il
n’y a pas de casse.

Mais casse il y a. En effet, la direction assistée devient dure et on voit de
la fumée sortir du capot et rentrer dans l’habitacle.

A priori, ce n’est pas bon signe…

Un p’tit coup d’œil sous la voiture et sous le capot : nous perdons du liquide
mais ne savons pas lequel. Faut dire qu’on n’y connait rien en mécanique…

Guigui, un peu contrarié du fait que l’on soit au milieu de nulle part, me
demande constamment si je reçois du réseau pour que l’on appelle un remorqueur.

Je sens monter son inquiétude alors j’interviens calmement.

“Ok mon cœur, pour commencer on va se détendre. Non je n’ai pas de réseau, on
ne peut appeler personne, mais la voiture semble encore capable de rouler donc
pas de panique, on va faire demi-tour et retourner tant bien que mal à Inuvik
voir le garagiste qui nous a changé la batterie. Il n’y a que 35 km à
parcourir, ça va le faire. Et si vraiment, on ne peut plus rouler, ce n’est pas
grave. Il y aura quelqu’un qui passera sur cette route pour nous aider. La
route est pas mal empruntée, bien plus qu’on le pensait. On a plein de bouffe
et d’eau dans la voiture, bref, tout va bien aller mon cœur.”

Guigui se détend un peu et nous ramène tranquilou à Inuvik. Afin de le rassurer
davantage, je lui fais remarquer que la voiture ne fume plus et que c’est
plutôt bon signe.

Personnellement, je suis convaincue que ce n’est pas grand chose.

Je n’y connais rien en mécanique mais si c’est difficile de tourner le volant,
c’est qu’on doit sûrement perdre le liquide de la direction assistée.

Effectivement, une fois de retour au Midnight garage d’Inuvik, le vieux mécano
rencontré hier pour un changement de batterie nous confirme que le liquide
rougeâtre que nous perdons est bel et bien celui de la direction assistée. Le
tuyau qui le relie est troué et il faut donc le remplacer. La voiture fumait
car le liquide a giclé sur le pot d’échappement.

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Alors comme il est 18h, le garagiste s’en va souper après avoir diagnostiqué la
voiture et revient trois quart d’heure après nous la réparer. Trente minutes et
cent dollars plus tard, nous voilà repartis pour un second départ sur la route
qui mène à l’océan arctique.

La route est longue mais vraiment belle [smiley].

Le paysage change d’aspect à mesure que l’on se rapproche de l’océan. Beaucoup
plus de lacs, des cours d’eau à perte de vue et une végétation extrêmement
verte.

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22h10, nous arrivons enfin à Tuktoyaktuk, le soleil toujours bien lumineux dans
le ciel.

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Nous traversons le village pour rejoindre nos copains Jérémie et Muriel sur le
front de mer, et là, c’est la déception !

Cette belle place où observer la mer de Beaufort qui se jette dans l’océan
arctique est envahie de campeurs et caravanes. On se croirait presque au
camping municipal, pour ne pas dire “Les Flots Bleus”. Quelle horreur !

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Muriel et Jérémie, présents dans le hameau depuis une semaine et que nous
retrouvons parmi tous ces campeurs, ont eu l’occasion de discuter avec les
habitants du hameau, et voici ce qui ressort de ces discussions.

Une première moitié de la population est très heureuse de cette nouvelle route
qui donne à leur village un accès vers l’extérieur car, jusqu’à l’automne
dernier, Tuktoyaktuk était totalement isolé et accessible uniquement en hiver
par une route de glace.

Ces gens sont contents d’accueillir aujourd’hui des visiteurs.

En revanche, une autre moitié de la population, qui avait pour habitude de
passer des soirées sur cette place du front de mer à observer l’océan sous le
soleil de minuit, ne voit pas d’un bon œil ce changement car désormais, les
touristes envahissent l’unique place de repos des habitants.

Et franchement, nous les comprenons et, de constater que nous faisons partie de
ces touristes envahissants nous met franchement mal à l’aise.

Visiblement, pour ce premier été accueillant des visiteurs extérieurs, le
village n’a pas vraiment bien géré l’hébergement en camping.

Espérons qu’ils s’arrangent mieux que ça les prochaines années autrement nous
ne sommes pas certains que cette nouvelle route fasse du bien à la communauté.
Déjà que l’alcool et la drogue a fait beaucoup de mal à ce peuple autochtone…
C’est d’ailleurs une bonne chose que le village de Tuktoyaktuk ait interdit la
vente d’alcool au sein même de la commune.

Jour 714 à 715 : dimanche 15 et lundi 16/07/2018

Durant notre séjour à Tuktoyaktuk, nous vivons les jours polaires, ces fameuses
journées où le soleil n’en finit pas de briller.

En cette mi-juillet, le soleil ne se couche pas vraiment au 69° parallèle.

À 2h57 du matin précisément, nous le voyons au plus bas, suivant l’horizon
pendant près d’une heure avant de se lever à nouveau.

Cette lumière constante est à la fois extraordinaire et perturbante. Nous
restons ébahis devant la beauté de l’océan arctique baigné dans la lumière du
soir, si bien que nous ne dormons jamais avant 4h du matin (la raison nous y
obligeant) et nous réveillons généralement vers midi.

Un rythme totalement chamboulé certes mais une expérience hors du commun, ça
c’est certain [smiley].

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En sachant cette mer gelée en hiver, pour ne pas dire une bonne partie de
l’année (de novembre à juin), et que le soleil ne se lève presque pas pendant
une longue période, cela nous donnerait presque envie de revenir dans cette
contrée du Grand Nord à la saison froide pour y découvrir ce paysage en noir et
blanc.

Lors de ce séjour à Tuktoyaktuk, nous expérimentons également la baignade dans
l’océan arctique qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’est pas si
froid. Enfin tout est relatif. L’eau est quand même froide (il y a un mois elle
était encore totalement gelée) mais pas plus froide que certains lacs ou
rivières du Yukon.

Et chose extraordinaire, l’océan n’est pas salé ! La couche de glace qui le
recouvre en hiver est tellement épaisse qu’à la fonte, l’eau douce reste en
surface, pour notre plus grand bonheur [smiley].

Nous y faisons notre toilette.

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Nous nous promenons également dans le village, que nous trouvons bien moins
charmant que les villages de pêcheurs que nous avons visités dans l’est
canadien comme à Terre-Neuve par exemple, mais qui reste toujours plus mignon
que la ville d’Inuvik.

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Ici, les sols souffrent beaucoup du pergélisol, ce gel situé dans les
profondeurs des terres et qui fond à chaque été, faisant bouger la surface des
sols.

Difficile pour les habitants de construire des fondations solides pour leurs
maisons, c’est pourquoi ils bâtissent sur pilotis.

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Le réchauffement climatique que nous connaissons actuellement pourrait avoir
des conséquences désastreuses pour ces populations reculées du Grand Nord et
pour la population mondiale en général.

En effet, sous cette terre gelée, reposent des carcasses de mammouths du temps
de l’ère glaciaire. Si ces carcasses voient le jour, elles dégageront quantité
de CO2 et de méthane, polluant encore davantage l’air que nous respirons. Et
comme nous détruisons nos forêts pour cultiver de la nourriture toxique, nous
ne pourrons même plus compter sur elles pour nous apporter l’oxygène dont nous
avons besoin…

En promenade, nous rencontrons un vieux monsieur autochtone en train de faire
sécher sa viande de béluga, source principale de nourriture dans ce village,
avec le gibier et les oies.

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Nous trouvons également très jolies ces petites fleurs en forme de pompon de
coton.

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Avec une si belle météo, nous serions tentés de flemmarder sur la plage et
contempler pendant des heures l’horizon sur l’océan situé le plus au nord.

Mais nous n’en faisons rien car nous sommes envahis par les moustiques. Ces
minuscules vampires réussissent à nous pourrir la vie, si bien que nous
investissons dans des moustiquaires de tête.

On a franchement l’air con avec ça sur la tête mais au moins, elles nous
permettent de sortir un peu de notre van et d’aller nous promener sans nous
faire attaquer.

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Lors de notre troisième et dernière journée au village arctique, nous
apprécions beaucoup le vent qui s’est levé et a chassé tous les moustiques. Il
nous permet de mieux profiter de la balade jusqu’à la colline qui nous offre
une vue panoramique sur le village.

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Un peu avant de quitter le village, nous célébrons les 75 ans d’un habitant
autochtone, en compagnie de tous les habitants du village ainsi que des
campeurs présents sur le front de mer.

Les visages de ces autochtones nous fascinent et nous rappellent ceux que nous
avions rencontrés lors de nos voyages en Asie, notamment en Mongolie.

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J’essaie tant bien que mal de discuter avec quelques locaux que nous pensions
jusqu’alors inexistants, n’ayant vu personne dans les rues des trois jours
passés ici. L’anglais sortant des bouches sans dents (comprendre les personnes
âgées) m’est très difficile à comprendre [smiley].

A 19h30 en ce lundi 16 juillet, nous quittons Tuktoyaktuk et reprenons la route
pour Inuvik.

Nous avons beaucoup aimé effectuer la route qui mène à ce village situé au bord
de l’océan arctique. Elle est tout simplement sensationnelle.

Nous avons beaucoup aimé connaître le jour polaire et le soleil de minuit.
C’est réellement une expérience incroyable.

En revanche, nous n’avons pas trop aimé l’ambiance du village.

A part les touristes envahissants du front de mer avec leur camping-car, nous
n’avons eu du mal à rencontrer des locaux avec qui discuter. A certains
moments, nous nous sommes même sentis tels des colons venus envahir l’Arctique.

L’expérience reste toutefois mémorable.

L’est-elle tout autant en hiver ? Seul l’avenir nous le dira…ou pas [wink].

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