Randonner à Terre-Neuve : s’équiper pour un climat océanique
Ici, ce n’est pas le froid le problème, c’est l’humidité
Terre-Neuve ne demande pas l’équipement du Grand Nord. Les températures estivales restent modérées, et on ne part pas affronter des conditions extrêmes. Ce qui éprouve le randonneur, c’est autre chose : une humidité presque permanente, un vent qui vient de l’océan sans rien pour le freiner, et un brouillard capable de tomber en dix minutes sur un sentier côtier parfaitement dégagé un quart d’heure plus tôt.
Autrement dit, l’équipement se construit contre l’eau sous toutes ses formes, et pas contre le thermomètre.
La veste imperméable, la pièce qui décide de tout
C’est le poste sur lequel une économie se paie immédiatement. Une veste simplement déperlante tiendra une averse, pas une journée entière de crachin poussé par le vent.
Les critères à regarder :
- Une membrane réellement imperméable, avec des coutures thermosoudées. Les coutures non traitées sont le premier endroit par où l’eau entre.
- Une capuche à armature et réglable, qui tient en place face au vent et qui ne vous aveugle pas. Une capuche qui tourne dès la première bourrasque rend la veste inutilisable.
- Des aérations sous les bras. Marcher imperméable, c’est transpirer ; sans ventilation, on finit mouillé de l’intérieur.
- Des poignets et un bas de veste ajustables, parce que le vent latéral s’infiltre par là.
Le surpantalon imperméable suit la même logique. On le prend avec des fermetures latérales assez longues pour l’enfiler sans retirer ses chaussures : sur un sentier, c’est la différence entre le mettre et renoncer à le mettre.
Les couches, en évitant le coton
La règle est simple et vaut pour toute la côte : rien en coton. Un t-shirt de coton mouillé reste mouillé toute la journée et refroidit dès qu’on s’arrête.
- Première couche synthétique ou en laine mérinos. La laine garde une partie de son pouvoir isolant humide, ce qui compte vraiment ici.
- Une couche intermédiaire chaude : polaire ou doudoune synthétique. Sur un climat humide, le synthétique a un avantage réel sur le duvet, qui perd ses qualités dès qu’il se charge en humidité.
- Un bonnet léger et des gants fins, même en été. Au sommet d’une falaise, dans le vent, ils deviennent soudain très utiles.
- Un change complet et sec, laissé dans un sac étanche au fond du sac. C’est l’assurance qui permet de finir la journée sereinement.
Les chaussures : étanchéité et accroche
Les sentiers côtiers alternent tourbe gorgée d’eau, rochers recouverts de lichen humide, racines et planches de bois glissantes.
- Des chaussures montantes et imperméables, plutôt que des modèles bas respirants. Ici l’eau vient d’en haut et d’en bas.
- Une semelle à crampons marqués, parce que le rocher mouillé pardonne peu.
- Des guêtres basses, qui évitent que la tourbe et l’eau entrent par le haut de la tige.
- Une deuxième paire de chaussettes dans le sac, systématiquement.
Le brouillard impose ses propres règles
C’est le point que les visiteurs sous-estiment le plus. Un sentier de falaise dans le brouillard devient un terrain dangereux, et la navigation à vue disparaît complètement.
- Une carte papier et une boussole, en plus de l’application. Le téléphone tombe en panne de batterie dans le froid, et le réseau n’est pas garanti.
- Une trace enregistrée à l’avance sur l’appareil, pas découverte sur place.
- Une lampe frontale, même pour une sortie prévue dans la journée : le brouillard avance l’obscurité.
- Un sifflet et une couverture de survie, qui ne pèsent rien.
- Prévenir quelqu’un de son itinéraire et de son heure de retour prévue. Sur les sentiers isolés, c’est la mesure de sécurité la plus efficace de la liste.
Protéger ce qui ne doit pas se mouiller
Le sac à dos, même avec housse de pluie, prend l’eau par le dos et par les coutures. Deux réflexes qui suffisent : un sac poubelle épais en doublure intérieure, et des petits sacs étanches pour l’appareil photo, le téléphone et les papiers.
Et les insectes
Selon la saison et le secteur, les moustiques et les mouches noires peuvent transformer une pause déjeuner en calvaire. Un répulsif et une moustiquaire de tête prennent très peu de place pour ce qu’ils apportent.
Terre-Neuve récompense ceux qui sortent malgré la météo, parce que la météo n’est presque jamais parfaite. L’équipement n’est pas là pour attendre la belle journée : il est là pour rendre les autres agréables.