Un trek qui ne pardonne pas l’improvisation
Le glacier Donjek, dans le sud-ouest du Yukon, reste l’un des treks les plus sauvages qu’on ait faits pendant notre année canadienne. Pas de sentier balisé, pas de refuge, pas de réseau téléphonique sur la quasi-totalité du parcours : on évolue en autonomie complète, sur plusieurs jours, entre forêt boréale, éboulis de moraine et traversées de rivières glaciaires. Autant dire que le choix de l’équipement n’est pas un détail, c’est ce qui fait la différence entre une aventure mémorable et une situation qui tourne mal.
Cet article reprend, poste par poste, ce que nous considérons comme indispensable pour partir sur ce type de trek en territoire yukonnais — que ce soit précisément vers le Donjek ou sur un itinéraire similaire dans la région.
Le sac à dos : la base de tout
Pour un trek de plusieurs jours en autonomie, on part généralement sur un volume de 55 à 70 litres selon la saison et la quantité de nourriture à transporter. Quelques critères à ne pas négliger :
- Le système de portage : un bon report de charge sur les hanches est essentiel, car on porte souvent 15 à 20 kg sur un terrain instable (moraine, éboulis, tourbe spongieuse).
- L’étanchéité : housse de pluie intégrée ou à ajouter, et surtout, on double toujours l’intérieur avec un sac poubelle épais ou un sac étanche pour le duvet et les vêtements de rechange.
- L’accessibilité : poches latérales pour l’eau et le spray anti-ours, qu’on doit pouvoir attraper en quelques secondes.
Des marques comme Osprey, Deuter ou la gamme Forclaz de Decathlon proposent des sacs de rando trek bien pensés dans cette gamme de volume, avec des dos réglables utiles si vous partez à deux avec des gabarits différents.
La protection contre les ours : non négociable
Le Yukon est un territoire de grizzlys et d’ours noirs. Ce n’est pas une option de style, c’est une question de sécurité de base :
- Un spray anti-ours porté à la ceinture ou sur une bretelle du sac, jamais rangé au fond d’un sac.
- Un système de stockage de nourriture étanche aux odeurs (canister rigide ou sac certifié) à suspendre loin du campement, jamais dans la tente.
- Une clochette ou le réflexe de parler fort dans les zones à faible visibilité (broussailles, virages de sentier).
Le système de vêtements en couches
La météo change vite en montagne subarctique, même en plein été : on peut avoir 20°C en vallée et de la neige fondante sur les cols. Le principe des trois couches reste la meilleure approche :
- Couche de base : un t-shirt et un legging en laine mérinos ou en matière synthétique technique, qui sèchent vite et ne retiennent pas les odeurs.
- Couche intermédiaire : une polaire ou une petite doudoune compressible pour les pauses et le soir.
- Couche externe : une veste imperméable et respirante (type Gore-Tex ou équivalent), indispensable face aux averses fréquentes.
On ajoute systématiquement un bonnet fin, des gants légers et un pantalon de trek résistant à l’abrasion pour les passages en éboulis.
Les chaussures : le poste à ne pas rater
Sur un terrain aussi varié — sentier de forêt, moraine glaciaire, gués de rivière — on recommande des chaussures de randonnée montantes, rigides et bien imperméabilisées, rodées avant le départ. Une bonne accroche sur roche mouillée et une protection de la cheville sont prioritaires sur le poids. On complète avec :
- Des chaussettes de randonnée en laine mérinos, en double paire pour limiter les ampoules.
- Des sandales ou chaussures d’eau légères, très utiles pour traverser les rivières sans mouiller les chaussures principales.
Franchir les cours d’eau en toute sécurité
Le trek vers le Donjek implique des gués de rivières glaciaires, froides et parfois puissantes. Quelques réflexes essentiels :
- Détacher la ceinture ventrale du sac avant de traverser, pour pouvoir s’en débarrasser vite en cas de chute.
- Utiliser des bâtons de marche télescopiques pour assurer un troisième point d’appui.
- Traverser en légère diagonale par rapport au courant, jamais face à lui.
- Repérer le passage le plus large plutôt que le plus court : l’eau y est souvent moins profonde et moins rapide.
Navigation et sécurité, loin de tout
Sans réseau ni sentier balisé, la navigation devient un poste d’équipement à part entière :
- Carte topographique papier et boussole (et savoir s’en servir, pas seulement les emporter).
- GPS de randonnée avec les traces préchargées.
- Un dispositif de communication satellite (balise ou messagerie satellite) pour pouvoir déclencher les secours ou simplement donner de ses nouvelles — un vrai plus pour rassurer les proches et pour la sécurité en cas de blessure loin de tout.
- Trousse de premiers secours complète, adaptée à plusieurs jours d’autonomie (désinfectant, pansements, matériel pour ampoules, antidouleurs, couverture de survie).
Nourriture et système de cuisine
Pour un trek en autonomie de plusieurs jours, on privilégie une nourriture légère et calorique : lyophilisés, fruits secs, barres énergétiques, féculents rapides à cuire. Côté matériel :
- Un réchaud à gaz compact et fiable, avec une cartouche de rechange si le trek dépasse quelques jours.
- Une popote légère et une gourde ou une poche à eau souple.
- Un système de filtration ou de purification d’eau (filtre, pastilles ou traitement UV), car l’eau des rivières glaciaires, même claire, n’est pas garantie potable.
Check-list résumée pour un trek au Yukon type Donjek
- Sac à dos 55-70 L avec housse de pluie
- Tente 3 saisons robuste et tapis de sol
- Duvet adapté aux nuits fraîches + matelas isolant
- Vêtements en 3 couches (base, isolation, imperméable)
- Chaussures de randonnée montantes rodées + chaussures d’eau légères
- Spray anti-ours + système de stockage nourriture étanche aux odeurs
- Bâtons de marche télescopiques
- Carte, boussole, GPS, dispositif satellite
- Trousse de secours complète
- Réchaud, popote, filtre à eau
- Nourriture lyophilisée et calorique pour toute la durée + marge de sécurité
L’abri de nuit : tente et matériel de couchage
Sur un trek de plusieurs jours sans refuge, la tente devient votre seul abri face au vent et à la pluie. On recommande une tente 3 saisons, montée et démontée plusieurs fois avant le départ pour être sûr de la maîtriser rapidement, même sous la pluie ou la fatigue. Quelques points de vigilance :
- Vérifier la résistance au vent de la tente, les rafales pouvant être fortes en terrain dégagé de moraine.
- Emporter un tapis de sol supplémentaire si le camp se fait sur des zones caillouteuses, pour protéger le tapis de sol de la tente.
- Choisir un duvet dont la température de confort couvre les nuits les plus fraîches attendues, avec une marge de sécurité, car les nuits en altitude ou en fond de vallée glaciaire peuvent être plus froides qu’on ne l’imagine en plein été.
- Un matelas isolant à bonne valeur d’isolation (indice R adapté), le sol pouvant rester froid même quand l’air ambiant est doux.
Petit matériel souvent oublié
Certains éléments, moins évidents que le sac ou les chaussures, font pourtant une vraie différence sur le terrain :
- Une lampe frontale avec piles ou batterie de rechange, utile même en plein été yukonnais où les nuits restent relativement claires mais où les levers tôt sont fréquents.
- Un briquet et des allumettes étanches, rangés dans un sac différent en cas de perte de l’un des deux.
- Un multi-outil ou petit couteau, pratique pour la cuisine comme pour de petites réparations de matériel.
- Un répulsif anti-moustiques efficace : les insectes peuvent être très présents en été dans la végétation basse et près des zones humides du parcours.
- Des sacs pour redescendre ses déchets, aucune poubelle n’étant présente sur ce type d’itinéraire sauvage.
Budget matériel : où mettre la priorité
Partir avec un budget limité ne veut pas dire partir mal équipé. Sur ce type de trek, on conseille de concentrer le budget sur trois postes prioritaires :
- Les chaussures, qui conditionnent directement le confort et la sécurité sur un terrain accidenté.
- La protection anti-ours (spray et stockage nourriture), qui touche directement à la sécurité.
- Le système de communication satellite, souvent perçu comme un luxe mais qui change tout en cas d’incident loin de tout réseau.
Sur le reste — vêtements, popote, petit matériel — les gammes d’entrée de gamme de marques comme Decathlon (Forclaz, Quechua) suffisent largement pour ce type de trek, tant que les caractéristiques techniques (imperméabilité, respirabilité) sont au rendez-vous.
En résumé
Le trek au glacier Donjek illustre bien ce qu’exige la randonnée sauvage au Yukon : de l’autonomie, de la rigueur, et un équipement pensé pour l’imprévu plutôt que pour le confort seul. Ce n’est pas le trek le plus technique du monde sur le papier, mais c’est un terrain qui ne pardonne pas le matériel bas de gamme ou mal choisi. Mieux vaut investir sur les postes clés — chaussures, protection anti-ours, communication — et rester simple sur le reste.