Jour 708 : lundi 09/07/2018
Maintenant que notre PVT est bel et bien terminé et que nous avons un visa
touriste en poche, nous sommes bien décidés à profiter pleinement de notre été
au Yukon, probablement le dernier puisque nous n’avons pas obtenu le permis de
travail qui nous aurait prolongé notre séjour d’une année supplémentaire sur ce
fantastique territoire.
Il est 14h15 quand nous quittons enfin Whitehorse et commençons un nouveau road
trip au Canada. Pas simple de faire ses courses au supermarché d’une petite
ville sans rencontrer toutes les cinq minutes une personne que l’on connaît et
avec qui on entame une discussion…
Pour ce road trip “été 2018”, nous prenons la route du Klondike, direction le
nord du Yukon.
Nous faisons un premier arrêt à 200 km de Whitehorse, peu après le village de
Carmacks, pour voir les rapides Five Fingers, ceux que nous avons traversés en
canoë l’été dernier lors de notre expédition jusqu’à Dawson.
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Cette fois-ci, nous souhaitons les observer depuis le haut de la falaise. Pour
ce faire, nous empruntons ce sentier très facile à suivre avec ses marches en
bois qui partent du bord de la route et nous conduisent en un petit quart
d’heure à ce point de vue sublime sur les rapides Five Fingers.
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D’en haut, ils sont moins impressionnants qu’en canoë [smiley].
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L’endroit est vraiment très beau. Quand je pense que nous allons très
probablement quitter ce territoire, je reconnais que ça me fait un pincement au
cœur…
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Après cette première bouffée d’air pur, nous poursuivons notre route en
direction de Dawson mais arrivés au croisement Stewart Crossing, nous
bifurquons vers l’est, en direction de la Silver Trail, l’une des deux régions
qui composent le Centre-Est du Yukon, l’autre étant plus communément appelée la
région de Campbell, située plus au sud et avec Faro pour village principal.
Plus au nord de cette grande région qu’est le Centre-Est du Yukon, la Silver
Trail (ou piste d’argent), tout comme sa voisine du sud, la région de Campbell,
est caractérisée par son isolement, sa sérénité, son absence d’artifices, ses
forêts vierges à perte de vue et une faune qui a peu d’expérience avec l’espèce
humaine.
Les deux principaux villages de cette région sont Mayo et Keno, deux minuscules
communes où les populations locales se comptent en miettes d’individus. Dans
cette vaste région, les amoureux des grands espaces ont de la place à ne plus
savoir qu’en faire, ça c’est le moins que l’on puisse dire.
La Silver Trail, blottie entre le nord du Yukon et la région de Campbell au sud
ainsi qu’entre le Klondike à l’ouest et les Territoires du Nord-ouest à l’est,
doit son nom aux activités minières de la région. La découverte du plomb mais
surtout d’argent dans les années 1910 a donné naissance à une économie
diversifiée et de nouvelles collectivités se sont établies dans la région.
Cela fait déjà 4h que nous roulons, la route commence à être longue mais de
voir passer sous nos yeux toutes ces étendues absolument vierges nous fascine
et nous laisse sans voix. Tout cet espace pas encore exploité par l’Homme,
c’est assez incroyable.
Et c’est aussi difficile d’imaginer que quelques personnes puissent vivre au
milieu de ces forêts, totalement isolées.
En chemin pour le village de Mayo, nous nous arrêtons à Devil’s Elbow (le coude
du diable), une petite marche de moins de un kilomètre menant à un joli point
de vue sur la rivière Stewart.
De quoi nous dégourdir les jambes [wink].
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A 20h30, nous arrivons au camping territorial de Mayo. Nous sommes crevés et
affamés.
Après avoir rempli nos estomacs, nous restons un moment à contempler le lac qui
borde le camping, et qui serait le plus chaud du Yukon…
Un bel instant de calme et de détente avant d’aller dormir dans notre van
[smiley].
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Jour 709 : mardi 10/07/2018
Réveillés à 8h ce matin, nous avons super bien dormi dans notre van. Cela nous
avait presque manqué de passer nos nuits dans notre voiture [smiley].
Nous commençons la journée par une petite balade d’une heure (5km) autour du
lac.
Beaucoup de moustiques et peu de points de vue à voir sur le sentier mais la
végétation réussi toutefois à nous émerveiller, que ce soient les écureuils
jouant à cache cache dans les arbres, les feuilles qui nous offrent de jolis
dessins, la fireweed (ou épilobe) qui s’épanouit, ou encore la découverte du
thé du Labrador tout le long du sentier. De plus, le lac reste joli à regarder.
Il nous procure un certain apaisement.
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Nous partons ensuite à la découverte de la ville de Mayo, principale commune de
la région de Silver Trail. Peuplée de 225 habitants environ, elle repose sur la
rivière Stewart.
Son histoire a débuté dans les années 1900. A l’époque, elle n’était qu’un
campement pour les mineurs puis elle est devenue un port d’embarquement du
minerais de plomb et d’argent provenant des mines de Keno, le village voisin.
De nos jours, Mayo est le principal point de départ des expéditions d’aventures
dans l’arrière-pays (randonnées et canoë).
Nous commençons notre visite de la ville en prenant quelques renseignements
auprès du centre des visiteurs.
La musique à fond dans le centre, il y règne une drôle d’ambiance…
Certes, la dame qui y travaille est très gentille mais elle ne semble pas
capable de nous renseigner sur les distances et temps de randonnées proposées
sur les différentes cartes qu’elle nous met entre les mains.
C’est bien beau de nous donner des schémas. Ça nous donne envie d’explorer, ça
c’est certain, mais si aucune information concernant les sentiers y apparaît,
ça devient plutôt compliqué voire même dangereux de s’embarquer à l’aveugle
dans l’arrière-pays.
Disons que l’accompagnement d’un guide professionnel ou une bonne préparation
au préalable est indispensable pour s’aventurer dans les montagnes de la région.
Nous poursuivons la visite de la ville qui nous paraît un peu glauque.
Absolument rien à faire ici. On croirait qu’il n’y a que des bâtiments en
ruines, abandonnés et laissés là pour les touristes.
Ce n’est pas ce que l’on peut appeler une jolie ville.
Très petite, seulement quatre ou cinq rues, nous en faisons vite le tour.
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Nous quittons la ville de Mayo et empruntons la seule et unique route, non
pavée, qui nous conduit à Keno, un village situé à 60 km de Mayo.
Avant de nous rendre jusqu’à ce minuscule village de seulement 25 habitants,
nous faisons un arrêt à mi-chemin aux dénommés Halfway Lakes d’où nous
empruntons une toute petite piste nous conduisant au départ du sentier qui mène
au Mont Haldane, 1839 mètres d’altitude.
Au début, nous voulions dormir à cet endroit, au milieu des bois et effectuer
la randonnée demain si la météo nous le permet.
Mais il est seulement 15h lorsque nous arrivons au départ de la rando et le
ciel ne semblant pas trop menaçant, nous décidons de n’en effectuer qu’une
partie aujourd’hui, quitte à ne pas atteindre le sommet.
Le sentier grimpe progressivement mais suffisamment pour nous le faire sentir
au plus profond de nos cuisses et mollets.
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Nous atteignons un premier point de vue aux environs des 1400 mètres d’altitude.
Malheureusement, la vue est pas mal bouchée par les nuages bas qui se font de
plus en plus présents.
Nous pouvons toutefois apercevoir le village de Keno au loin ainsi que quelques
sentiers miniers.
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Puis, les gouttes que nous sentions il y a quelques minutes se transforment en
une belle averse. Nous revêtons nos ponchos et retournons à la voiture. Le Mont
Haldane étant également dans les nuages, la vue n’y sera pas meilleure qu’ici,
de toute manière.
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Au total, nous marchons environ trois heures.
De retour à la voiture vers 18h, nous reprenons la route pour Keno, que nous
atteignons deux heures plus tard.
Jour 710 : mercredi 11/07/2018
Le soleil n’est pas au beau fixe aujourd’hui dans cette région reculée qu’est
la Silver Trail.
En fin de matinée, nous nous rendons, tant bien que mal, au sommet nommé Sign
Post, un poteau de signalisation indiquant la distance entre Keno et certaines
grandes villes du monde.
La piste est difficile, parfois parsemée de très grosses roches qu’il nous faut
contourner et éviter.
Mais notre minivan tient le coup. Il chauffe, il souffre, mais il est costaud
et tient bon.
Une fois au sommet, il fait froid, c’est venteux et la vue sur les montagnes
est totalement bouchée par les nuages. Nous ne voyons rien à plus de vingt ou
trente mètres ! C’est à peine si nous distinguons le poteau de signalisation.
Malgré tout, le ciel semblant changer d’allure assez rapidement, nous décidons
de rester en voiture et attendre que le ciel s’éclaircisse.
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Nous patientons ainsi pendant deux heures en voiture en compagnie de nos livres
quand les nuages laissent soudainement la place au bleu du ciel, nous
permettant à présent voir les montagnes qui se cachaient derrière.
Ça valait vraiment la peine d’attendre car le paysage, grandiose, est
absolument superbe ! [smiley]
Tellement d’espace naturel !
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Et d’après le poteau de signalisation, nous sommes à 4400 miles de Paris, soit
environ 7080 km. C’est quand même loin chez nous ! [smiley]
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Plusieurs pistes de 4×4 partent de ce sommet mais la pluie de ces derniers
jours les ayant rendus boueux, la randonnée semble difficilement praticable à
pieds.
Toutefois, nous jetons quand même un rapide coup d’œil à la vue de l’autre côté
du plateau, en passant par les roches.
Pas besoin d’aller bien loin pour admirer la beauté du paysage.
La région est un véritable musée à ciel ouvert où l’on retrouve des objets
historiques et des vestiges des activités minières.
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Nous redescendons ensuite, tranquillement pas vite, la piste difficile que nous
avions montée pour atteindre le sommet et déjeunons au camping de la ville de
Keno.
Après quoi, nous profitons des éclaircies pour repartir en balade, sur le
sentier Sourdough Hill qui, en réalité, n’est autre qu’une piste de 4×4, comme
quasiment tous les sentiers de la région visiblement.
Cette piste pourrait nous conduire jusqu’au Mont Hinton si nous avions un
véhicule 4×4 mais pour notre minivan, c’est bien trop de souffrances, alors
nous choisissons de ne marcher que quelques kilomètres sur les 40 km
allers-retours du sentier.
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Bien que cette piste soit assez monotone, nous apprécions les points de vue qui
s’offrent à nous.
De plus, en prenant un peu de hauteur, nous nous rendons mieux compte de la
petitesse du village de Keno et de l’éparpillement de sa population.
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D’après la carte, nous sommes arrivés à la colline Sourdough mais sur la piste,
rien ne l’indique, pas un seul panneau.
Nous faisons donc demi-tour, et d’un pas plus empressé lorsque nous apercevons
des nuages noirs nous arriver dessus.
Par chance, un pick-up passe justement sur la piste. Nous embarquons avec ce
mineur et évitons ainsi la longue marche monotone du retour, sous une pluie qui
s’abat sur la ville pile quand nous arrivons à notre voiture restée au camping.
Nous profitons de cette averse pour aller nous doucher au bâtiment
communautaire, mis à disposition pour les visiteurs mais également pour les
habitants du village qui ne possèdent pas tous l’eau courante.
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Une fois beaux et propres, le soleil repointe le bout de son nez alors nous
partons pour une visite du village.
Là encore, il ne se passe pas grand chose à Keno, mais le village a plus de
charme que Mayo.
Quelques bâtiments en ruines et d’autres mal entretenus. C’est à se demander
parfois s’il y a des gens qui vivent ici toute l’année… Faut croire que oui.
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Pas une seule épicerie dans le village, les habitants sont forcés d’aller
acheter le stricte nécessaire au village de Mayo à 60 km de là, ou bien de
faire le plein de courses à Whitehorse à près de 400 km de route, l’épicerie de
Mayo étant assez coûteuse.
Nous imaginons et espérons même, que ces habitants vivent principalement de
leur chasse, pêche et potager d’été, parce qu’autrement ça n’a vraiment aucun
sens de vivre si isolé.
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La visite de Keno terminée, nous reprenons la route de la Silver Trail en sens
inverse où nous faisons la connaissance de ce gros porc-épic.
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Nous nous arrêtons faire le plein d’essence à Stewart Crossing.
Dans ces contrées reculées, il est toujours plus prudent de remplir le
réservoir dès qu’une station service de présente [wink].
De nouveau sur la route du Klondike en direction de Dawson, c’est au camping de
Moose Creek à 114km de la jonction avec la route Dempster, que nous passons la
nuit.
A 600 km plus au nord de Whitehorse en ce début du mois de juillet, le soleil
tarde davantage à se coucher, nous également.
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Bien que nous n’ayons pas particulièrement aimé les villages de Mayo et Keno,
nous avons malgré tout trouvé qu’il était intéressant de voir à quoi ressemble
un village reculé et isolé.
La région est incroyablement sauvage et magnifique. Nous aurions aimé y voir
davantage de sentiers de randonnée mais c’est sûrement parce que ces sentiers
se font rares que la région est encore si vierge et fantastique. La faune ne
peut que s’y épanouir davantage et c’est bien ça l’essentiel [smiley].